Le réchauffement climatique amène-t-il de nouvelles espèces en Belgique?

Le hypolaïs polyglotte disparaît peu à peu.
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Le hypolaïs polyglotte disparaît peu à peu. - © ©René Dumoulin

Dans le cadre de l'opération "Le Climat et Moi", vous nous avez posé vos questions sur le climat. L'un ou l'une d'entre vous s'est demandé si le réchauffement climatique pouvait représenter une opportunité au niveau de la biodiversité? De nouvelles espèces vont-elles arriver?

L’évocation de réchauffement climatique rime souvent dans la tête des Belges avec problèmes lointains. Finalement, les coraux se retrouvent en nombre dans l’aquarium de Liège ou de Blankenberge. Et on annonce des ours polaires à Pairi Daiza en 2017. Les dégâts de la Grande Barrière de corail, la fonte de la banquise arctique, nous les voyons à travers des écrans, rien d’autre.

Le vol de la libellule

Pourtant, l’influence de réchauffement transparait aussi chez nous. Les espèces évoluent. En 2001 déjà, des naturalistes tombent sur une libellule rouge vif. Son nom ? Crocothemis erythraea . Elle est déjà observée sporadiquement depuis les années 90. Mais elle devient de plus en plus fréquente. Elle s’installe. Pour Roland de Schaetzen, naturaliste passionné des libellules du groupe Gomphus, "cette présence de plus en plus régulière d’une espèce normalement méditerranéenne provient du réchauffement climatique". La libellule trouve désormais chez nous les conditions à son épanouissement. Mal reçue au départ, celle théorie est aujourd’hui largement acceptée. Depuis, bien d’autres espèces ont suivi le même parcours. 

L’été dernier, le Gomphe serpentin, une autre espèce de libellule, est observée pour la première fois en Belgique. Les insectes ont fait figure de pionniers en la matière mais depuis, d’autres ont pris leurs quartiers dans nos contrées.

Arrivées et départs

Les oiseaux comme les superbes guêpiers d’Europe installent désormais leurs nids en Flandre orientale notamment. Les vautours fauves, dont l’essentiel de la population, vit normalement en Espagne ont encore été observés par centaines dans le ciel belge cet été.

Moins exotique, le fuligule morillon hiverne désormais aux lacs de l’Eau d’Heure alors qu’il migrait bien plus au Sud par le passé: "Ces espèces étendent leur aire de répartition vers le Nord mais en parallèle, les espèces les plus septentrionales, qui aiment la fraîcheur migrent aussi vers le Nord et n’aiment pas les chaleurs. Donc si nous gagnons des espèces, nous en perdons également d’autres", explique Arnaud Laudelout de Natagora.

Grive litorne, harle huppé, hypolaïs polyglotte, pie grièche gris, pipit farlouze ou encore tarier pâtresont quelques exemples d’espèces d’oiseaux qui se raréfient doucement dans nos régions : "Les espèces migratrices comme le gobemouche noir reviennent trop tard. Les chenilles dont ils nourrissent leurs jeunes ont déjà connu leur pic d’abondance car le printemps est de plus en plus précoce. Leur taux de reproduction en souffre très fortement", détaille Arnaud Laudelout.

Les Fagnes se fanent

Mais les menaces ne pèsent pas uniquement sur quelques espèces.

Des écosystèmes entiers risquent de disparaitre. Les tourbières, ces milieux ouverts caractéristiques des Hautes-Fagnes s’assèchent : "Ce n’est pas qu’une question de sécheresse, tempère Thierry Hance, professeur d’écologie et directeur du groupe de recherche en écologie des interactions de l’UCL. Les facteurs sont nombreux. Par exemple le protoxyde d’azote, troisième gaz à effet de serre derrière le gaz carbonique et le méthane, est ramené au sol par les pluies et s’accumule. Il fertilise les tourbières qui sont des milieux normalement très pauvres tant en fertilisants et qu'en minéraux. Les plantes poussent beaucoup trop vite".

Les incendies et les fluctuations du climat viennent dégrader tout l’écosystème. A termes, ce lieu symbolique, patrimonial, touristique de la Wallonie et de toute la Belgique va très probablement disparaitre sous sa forme actuelle : "Ce ne sera plus forcément les mêmes espèces de plantes et d’animaux mais ça vaut le coup de les protéger car même différentes, les Fagnes resteront des zones à très grand intérêt biologique", conclut Denis Parkinson, chargé du projet européen Life "Ardenne bleue" qui tente de protéger cet écosystème unique.

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