Comment obliger les grandes entreprises américaines et européennes à moins polluer ?

Dans le cadre de l'opération "Le Climat et Moi", vous nous avez posé vos questions sur le climat. L'un ou l'une d'entre vous s'est demandé comment obliger les grandes entreprises américaines et européennes à moins polluer ? Les sociétés préfèrent acheter le droit de polluer ou menacer de délocalisation.

Pour convaincre une entreprise de polluer moins, toucher au portefeuille reste le meilleur argument. Mettre un prix, suffisamment élevé sur le carbone est la meilleure piste pour empêcher les entreprises de polluer. C’est le meilleur moyen pour réduire la consommation d’énergies fossiles et favoriser les énergies renouvelables.

Réduire fortement, voire supprimer la pollution et les émissions de gaz à effet de serre peut-être un objectif pour une entreprise. Mais on le voit, la transition vers une industrie plus " verte " est souvent lente. Les mutations sont difficiles, surtout dans certains secteurs industriels et dans certaines régions du monde. Alors, pour avancer dans la bonne direction, la première étape est de faire payer les pollueurs. Le droit de polluer doit être payant. Ce serait une erreur de donner à une entreprise des droits de polluer, sans compensation, comme cela a été le cas dans le passé.

Combien l’entreprise devrait-elle payer pour sa pollution ?
Actuellement, le prix de la tonne de carbone avoisine les 8 euros. Pour qu’il soit plus intéressant pour une entreprise d’investir dans des énergies renouvelables plutôt que de consommer des énergies fossiles, il faudrait que la tonne de carbone se négocie aux environs de 30 euros. En 2011, elle coûtait 20 euros. Depuis, l’offre a dépassé la demande et les prix du droit de polluer se sont effondrés.

Pourquoi ne pas fixer un prix élevé pour le droit de polluer ?
Certains se demandent d’ailleurs s’il ne serait préférable de fixer arbitrairement le prix de la tonne de carbone à un niveau élevé plutôt que de le laisser fluctuer au gré de l’offre et de la demande. En mai 2015, le patron de Veolia estimait que ce prix devrait être fixé entre 30 et 40 euros. Des organisations mondiales, l’ONU et la Banque mondiale, recommandent aussi qu’on fixe le prix du CO2. Plusieurs entreprises internationales l’ont aussi proposé lors du dernier forum économique de Davos.

Tant que les prix du CO2 seront bas, il sera difficile de convaincre les entreprises d’investir dans les énergies renouvelables et de soutenir les secteurs du renouvelables en renonçant aux énergies fossiles. Plus l’entreprise est confrontée à une concurrence internationale, plus elle sera réticente à payer cher pour polluer moins. Par exemple, un producteur européen d’aluminium, secteur polluant par excellence, aura du mal à répercuter le coût de sa pollution sur ses prix, face à ses concurrents turcs ou russes car pour ces derniers, polluer est moins un problème.

Dans certains pays, beaucoup d’emplois dépendent d’entreprises polluantes. Il y est donc plus difficile de faire marche-arrière. En Pologne, par exemple, les mines de charbon et les emplois qui y sont liés freinent toute évolution vers les énergies renouvelables.

 

2 images
L'Allemagne réalise sa transition énergétique depuis plusieurs années, elle est aujourd'hui à la pointe des énergies renouvelables. © Wikimédia Commons

Les autorités politiques ont un rôle à jouer
Si l’Europe devait, un jour, décider de réduire drastiquement les émissions de CO2, les entreprises devraient suivre. On l’a vu en Allemagne, la "energiewende", la transition énergétique a bouleversé les habitudes des entreprises. La décision de se passer du nucléaire, une énergie à faible émission de CO2, a contraint les producteurs d’électricité et les entreprises à trouver des alternatives aux énergies fossiles polluantes. L’Allemagne est aujourd’hui à la pointe du développement des énergies renouvelables.

Certains secteur militent aussi pour un prix élevé de la tonne de carbone. C’est le cas des producteurs d’électricité. Un prix du CO2 élevé leur permet de rentabiliser plus facilement les investissements dans les énergies renouvelables.

Des entreprises font aussi, volontairement, le choix du renouvelable. Ikea ou Google, par exemple, cherchent à être indépendants des réseaux d’électricité. En Belgique aussi, des entreprises font aussi ce choix, Colruyt en est un exemple, qui recherche à consommer le moins possible et à produire son électricité. C’est bon pour l’image de l’entreprise mais pas seulement, investir dans le renouvelable peut-être rentable. Une éolienne est amortie en 5 ou 6 ans.

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK