JO: le Brésil subit un "marasme économique et une grande tension politique"

Si la majorité des Brésiliens se montrent plutôt pessimistes à quelques jours de l'ouverture des Jeux olympiques, c'est qu'ils sont "conscients de la limite des retombées économiques liées à ces gros événements. Cela coûte très cher alors que le Brésil a d'autres nécessités en matière de santé, d'éducation ou de transports. L’État a décidé de construire des stades pour des raisons de prestige. L'année dernière, le Brésil était en récession de plus ou moins 4%. Le chômage est actuellement autour de 10%. Cette crise est due à la spécialisation de l'économie brésilienne dans les matières premières, dont le cours a chuté au cours des dernières années, suite à la faiblesse de la demande chinoise. Cela a un impact sur les recettes du Brésil" explique à la RTBF Camille Meyer, chercheur à l'ULB et spécialiste du Brésil et de l'économie sociale.

Marasme

Au début des années 2000, sous la présidence de Luiz Inácio Lula da Silva, le Brésil est "un État prospère avec une croissance économique de 7 à 8% par an, c'est un pays émergent qui se met sur la scène internationale aux niveaux politique et économique. Il y a une sorte d'euphorie au niveau de la mondialisation. Les années Lula ont été très fastes et très positives pour l'économie et la société brésilienne. Aujourd'hui il y a une sorte de marasme économique, ainsi qu'une grande tension sociale et politique" poursuit le chercheur.

'Coup parlementaire'

La procédure de destitution contre la présidente suspendue du Brésil Dilma Rousseff pourrait aboutir en septembre. Le vote pour décider si la dirigeante, suspendue provisoirement depuis le 12 mai pour maquillage présumé des comptes publics sera définitivement écartée du pouvoir ou non a déjà été repoussé. "La démocratie brésilienne est très récente (une trentaine d'années), donc les institutions sont relativement fragiles. Il s'agit d'un 'coup parlementaire' ou d'un 'coup institutionnel' qui a écarté une présidente démocratiquement mais difficilement élue en 2014, et avec un suffrage très serré. La droite conservatrice brésilienne a décidé de lui mettre beaucoup de bâtons dans les roues. Le parlement brésilien élu en 2014 est extrêmement conservateur. On le surnomme le "parlement des 3 B": le bœuf (ce sont les grands propriétaires terriens qui pratiquent l'agro-négoce), les balles (la politique sécuritaire) et la Bible (des réactionnaires et des conservateurs religieux)" explique Camille Meyer.

Désillusion

Camille Meyer rappelle enfin le contexte de la crise politique actuelle: "La grande compagnie nationale pétrolière brésilienne Petrobras est accusée d'avoir donné beaucoup d'argent à des membres du gouvernement et à des partis politiques. Cela concerne l'entièreté de la classe politique brésilienne, y compris le Parti des Travailleurs (celui de Lula et de Dilma Rousseff). Lula est accusé aussi d'obstruction à la justice. Il y a une grande désillusion vis-à-vis de la classe politique dans son ensemble".

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