Ziad Majed, spécialiste du Moyen-Orient : "La révolution syrienne n'est pas terminée"

La rébellion s'effondre à, Alep, l'armée de Bachar Al Assad avec l'afflux de l'aviation russe est en train de reconquérir la 2ème ville du pays. Les habitants d'Alep subissent des bombardements incessants, la situation est pour eux, très critique.
La rébellion s'effondre à, Alep, l'armée de Bachar Al Assad avec l'afflux de l'aviation russe est en train de reconquérir la 2ème ville du pays. Les habitants d'Alep subissent des bombardements incessants, la situation est pour eux, très critique. - © GEORGE OURFALIAN - AFP

La rébellion s'effondre à, Alep, l'armée de Bachar Al Assad avec l'afflux de l'aviation russe est en train de reconquérir la 2ème ville du pays. Les habitants d'Alep subissent des bombardements incessants, la situation est pour eux, très critique. Décryptage avec Ziad Majed, politologue, chercheur libanais et professeur d'études du Moyen-Orient à l'université américaine de Paris.

Est-ce qu'on est en train d'assister à un tournant dans le conflit syrien ?

"Oui, on peut parler d'un tournant effectivement parce que c'est la 2ème ville du pays, puisque l'aviation russe et puis les milices du Hezbollah libanais, les milices chiites irakiennes, les mercenaires Hazara afghans et les officiers iraniens dirigent cette offensive qui va permettre à Assad, même s'il a très peu de troupes, d'ailleurs, engagées dans ces combats-là, de montrer qu'il contrôle tous les espaces et les centres urbains du pays. Donc la stratégie russe et iranienne a finalement bien marché, Assad a été sauvé, il n'était pas loin de la déroute militaire totale en 2015, malgré tous les soutiens iranien, libanais, irakien, chiite et autres. L'aviation russe l'a sauvé, et maintenant il passe à l'offensive avec une passivité, avec… je ne veux pas dire une complicité, mais presque, au niveau international, puisque rien n'a été fait depuis cinq ans, et puis spécifiquement depuis un an, pour montrer une fermeté, un rejet de ce qui se passe et de cette stratégie russe, qui est non seulement un tournant au niveau militaire, mais au niveau humanitaire, je pense que c'est la plus grande crise et le plus grand scandale depuis de longues décennies, puisqu'on parle de 250 000 morts civils. Et on parle juste sous l'aviation russe de près de 4000 morts civils".

Tout ça pour rien. Est-ce que vous nous dites ce matin que la révolution syrienne est terminée ?

"Non, je ne pense pas qu'elle est terminée. Je pense qu'on va passer à une 2ème ou une 3ème phase dans ce conflit où, au niveau de ce soulèvement qui a commencé en 2011 en étant pacifique, qui s'est transformé en conflit armé et qui devient une guerre totale depuis quelques temps, la grande question va être maintenant: puisqu'Assad est en train de gagner militairement, vu tout cet appui des Russes et des Iraniens, pour beaucoup de Syriens, ce qui se passe en Syrie maintenant devient plutôt une occupation étrangère. Assad est là grâce aux Iraniens, aux chiites libanais, irakiens et afghans et à l'aviation russe, de même qu'aux officiers russes. C'est donc une occupation étrangère qui maintient un dictateur local, ce qui va mener à une autre configuration, à une résistance contre un occupant. Et le conflit va se prolonger, la catastrophe humanitaire va donc également se prolonger, ce qui fait que plus le pourrissement de la situation va mener à une radicalisation, plus il y aura des problèmes qui ne vont pas rester au niveau de la frontière syrienne, qui va déborder. Donc tant qu'Assad est au pouvoir, tant qu'il y a une occupation étrangère du pays, tant qu'il y a Daesh, les choses vont se poursuivre et ça va être de pire en pire".

20 000 personnes ont fui Alep Est depuis 3 jours, quel est le sort qui leur est réservé par les autorités syriennes ?

"La grande majorité de ces 20 000 personnes ont été du côté des quartiers Kurdes, certains du parti du régime ont dit que les hommes ont été arrêtés, mais il n'y a pas encore de confirmation. Beaucoup n'ont pas souhaité fuir pour ne pas devenir déplacés et réfugiés encore une fois, ils l'ont déjà été à plusieurs reprises. Ils ont toujours peur des arrestations du régime, au niveau des hommes, ils n'ont pas seulement peur d'être torturés ou d'être arrêtés, emprisonnés, mais même d'être envoyés au service militaire obligatoire du régime qui manque de ressources humaines. Donc ça va être de toute façon une tragédie pour eux".

 

 

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