Syrie: les chiffres insoutenables de cinq ans de guerre

C'était un 15 mars. En 2011, des manifestations demandant plus de démocratie ont éclos dans toutes les villes importantes du pays. Cela faisait déjà quelques semaines que la colère couvait. À l'image d'autres pays arabes en ébullition et au bord de la révolution, une grande partie de Syriens prennent la rue. Mais, ce 15 mars 2011, la répression deviendra féroce : quatre personnes sont tuées. C'est le début de cinq longues années de conflit, de massacres et de souffrances : entre les exactions commises par le pouvoir en place, celles des mouvements islamistes, surtout le tristement célèbre Daech (groupe terroriste État islamique), la population paie un lourd tribut. En voici quelques chiffres éclairants.

Les victimes : des chiffres sous-estimés ?

Si le nombre de victimes est, d'après toutes les estimations, très important en cinq ans de conflit, il est paraît impossible pour les Nations Unies de fournir des chiffres précis concernant le nombre de morts et de blessés.

Ainsi, en janvier 2014, l'ONU avait annoncé, par la voix du porte-parole du Haut commissariat aux droits de l'Homme, ne plus être en mesure de fournir de rapports précis et chiffrés des victimes du conflit. Jusque-là, le décompte était établi grâce aux chiffres d'organisations non-gouvernementales, dont l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH), ainsi que du gouvernement syrien (jusqu'en 2014). Les Nations Unies ont néanmoins encore publié un rapport en avril 2014, et en août 2015. Avant de décider, à nouveau, de ne plus effectuer de décompte officiel.

Si, d'après les dernières estimations officielles, le nombre total de victimes dépassait les 250 000 en août 2015, un nouveau chiffre, dévoilé par un centre d'étude indépendant, explose les statistiques : le Centre syrien de recherches politiques, groupe d'étude indépendant, évalue, après quadrillage du territoire pour recueillir un maximum d'informations, à quelques 470 000 le nombre de victimes au total, début 2016. C'est-à-dire près du double de l'estimation faite par les Nations Unies en août 2015. Si cette évaluation se rapproche de la réalité, les chiffres des Nations Unies auraient donc sous-estimé le bilan du conflit syrien.

Toujours d'après la même organisation non-gouvernementale, la population syrienne a, en conséquence, décliné, et ce de façon très importante. Si le total de la population atteignait 21,80 millions de personnes en 2010, il n'est plus que de 20,44 millions en 2015, alors qu'il devait dépasser les 25 millions... Le groupe d'études en conclut que la population à décru de 21% après cinq ans de guerre.

Les chiffres de la guerre

Réfugiés de l'intérieur ou à l'étranger : une population d'une vulnérabilité extrême

Le nombre de réfugiés syriens en exil a désormais, d'après les statistiques de l'UNHCR, dépassé les les 4,5 millions, alors que plus de 7 millions de personnes sont déplacées à l'intérieur même du pays. Cela équivaut, au total, à près de 50% de la population.

Les divers rapports s'accordent pour dire que ces personnes se trouvent dans des situation d'extrême vulnérabilité, et de grande pauvreté. Ainsi par exemple, comme l'affirme Amnesty International, plus de 80% des réfugiés syriens en Jordanie vivent en dessous du seuil de pauvreté local. Au Liban, le manque de fonds pour l'aide alimentaire cantonne celle-ci à 13,50 dollars par semaine, c'est-à-dire que chaque réfugié doit pouvoir être nourri avec moins d'un dollar par jour. Les fonds nécessaires aux besoins humanitaires des Nations Unies n'ont cependant été couverts qu'à 40%.

La population déplacée à l'intérieur de la Syrie subit aussi des conditions de vie très difficiles : 13,5 millions de personnes sont affectées ou déplacées par la guerre estiment les Nations Unies, et 12,8 millions de personnes ont besoin d'aide humanitaire urgente.

Des territoires entiers sont dépourvus d'accès à la nourriture. D'après les chiffres de l'ONU, quelques 486 700 personnes vivent actuellement dans des régions assiégées par l'armée ou par les rebelles. Malnutrition et manque d'assistance médicale sèment dans ces régions la mort et la maladie.

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