Syrie: le 15 mars 2011, ce jour où la liberté paraissait possible

Syrie: le 15 mars 2011, ce jour où la liberté paraissait possible
Syrie: le 15 mars 2011, ce jour où la liberté paraissait possible - © KHALED DESOUKI - AFP

2011. En quelques semaines, la Syrie va basculer, et avec elle, le destin de millions de Syriens.

En ce début d'année, des événements indélébiles vont marquer tous les pays arabes. En Tunisie, en Égypte, les populations descendent en rue.

En Syrie, cela fait depuis le début de l'année que les appels à la manifestation se succèdent sur les réseaux sociaux. Celui qui va être le plus relayé les premières semaines, c'est le mot d'ordre du 3 février : contre la "monocratie, la corruption et la tyrannie".

Il faut rester unis : c'est la philosophie de la plupart des internautes. "Jeunes Syriens, éloignez-vous des slogans confessionnels, particratiques, et soyez unis contre la corruption et la tyrannie".

Mais la peur paralyse les revendications. Les rassemblements sont avortés, par crainte. Les services de renseignements, la police, sont partout.

Les mots d'ordres continuent tout de même à circuler sur les réseaux sociaux, même si le pouvoir empêche leur utilisation. Qu'importe : les militants passent par des plateformes étrangères. Les messages se succèdent. Jusqu'au 17 février : quelques actions spontanées ont lieu, dont une manifestation dans la capitale.

Le 17 février : manifestation de la colère à Damas

Dans les rues de Damas, quelques centaines de personnes se rassemblent pendant près de trois heures, ce 17 février 2011. Aux cris de "Le peuple syrien ne se dénigre pas", et de "Voleurs, voleurs", les manifestants s'opposent aux rationnements et aux brutalités du régime : le fils d'un commerçant avait été violemment battu par des policiers. C'est ce qui va être appelé la "manifestation de la colère".

"La Syrie commence sa révolution. Tous soutiennent le peuple rebelle syrien contre l'injustice et la tyrannie. Les gens veulent le départ de l’éventreur. Dieu, la Syrie la liberté et c'est tout !"

La page Facebook de la révolution

Si des bouillonnements ont lieu un peu partout, le mouvement va se structurer peu à peu. Le régime va ré-autoriser l'accès aux réseaux sociaux. Et c'est via un appel qui circule sur Facebook que les manifestations du 15 mars 2011 vont voir le jour.

L'appel sur la page Facebook de "La révolution syrienne contre Bashar el-Assad - 2011", toute première page des militants anti-régime, est clair : "Bientôt, notre rendez-vous avec la grande intifada, la révolution de mars".

15 mars 2011: "Dieu, la Syrie, la liberté, et c'est tout!"

Le jour venu, ils sont quelques dizaines tout d'abord, puis quelques centaines dans les rues du centre de Damas. Un acte de bravoure sous un régime policier...

Voici une vidéo filmée par des militants le 15 mars, et postée sur la même page: on y voit une manifestation, on y entend des slogans anti-Bachar. "Dieu, la Syrie, la liberté, et c'est tout!", crient quelques manifestants.

انتفاضة سوريا 15.03.2011

انتفاضة العزة انتفاضة الكرامة انتفاضة المجد اليوم سجلنا أوّل انتفاضة بتاريخ المجد السوريّ وينك يا سوري وينك ؟ انتفاضة سوريا 15.03.2011

Posté par ‎The Syrian Revolution 2011 الثورة السورية ضد بشار الاسد‎ sur jeudi 10 mars 2016

Sur antenne, Al Jazeera retransmet des images de la manifestation. On entend les commentaires d'une militante syrienne des droits de l'Homme, émue, et étonnée comme beaucoup de la tenue de la manifestation. "Ils étaient quelque 150-200. Trois garçons et une jeune fille ont été arrêtés", commente-t-elle.

Le 18 mars : une manifestation à Deraa est réprimée dans le sang

La manifestation du 15 mars est dispersée par les forces de l'ordre. Mais elle marquera le début d'un long combat, ainsi que d'un conflit militaire qui se poursuit encore aujourd'hui dans le sang.

C'est pour poursuivre ce combat initié le 15 mars que, quelques jours plus tard, à la sortie de la prière du vendredi, des milliers de personnes vont se rassembler dans plusieurs villes du pays.

Voici quelques images à la sortie de la mosquée des Ommeyyades, à Damas. "Dieu, la Syrie et la liberté" : toujours le même cri.

Près de 4000 personnes vont manifester à la sortie de la prière dans la ville de Deraa, dans le sud du pays. Le même slogan contre le régime est hurlé, avec une affirmation claire : "On n'a pas peur !".

La répression sera dure : les forces de l'ordre vont intervenir, quatre personnes seront tuées le 18 mars à Deraa, comme le rapporte Al Jazeera :

Les réactions de tristesse, d'effroi, se lisent dans les commentaires qui vont suivre cet événement sanglant. Mais les anti-Bachar ne vont pas laisser tomber les bras : "Dieu, aie pitié des martyrs de Daraa, emmène-les au paradis, sauve nos frères en Syrie, et fais qu'ils triomphent de l'injustice et de la tyrannie".

Voici en illustration les images qu'un collectif de réalisateurs syriens (Abounaddara) a diffusées sur la manifestation de Deraa. Son titre : "La première fois".

Les journalistes ne peuvent pas à l'époque vérifier les images transmises sur Youtube ou Facebook. Mais les témoignages ultérieurs vont le confirmer : la Syrie tombe dans la violence et le chaos, et sa population civile en paiera le lourd tribut.

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