Syrie: l'Iran invité pour la première fois à la réunion internationale à Vienne

Réunion internationale à Vienne sur la Syrie, Téhéran invité pour la première fois
Réunion internationale à Vienne sur la Syrie, Téhéran invité pour la première fois - © NIKOLAY DOYCHINOV - AFP

Des pourparlers pour esquisser une sortie du conflit en Syrie reprennent jeudi à Vienne entre les chefs de la diplomatie américaine, russe, turque et saoudienne qui ouvriront ensuite leurs discussions à l'Iran, une première pour le principal allié de Damas au Proche-Orient.

Après une première rencontre vendredi dernier dans un palace viennois, une réunion quadripartite entre le Russe Sergueï Lavrov, l'Américain John Kerry, le Saoudien Adel al-Jubeir et le Turc Feridun Sinirlioglu, est de nouveau programmée en fin de journée (18h00 GMT) pour évoquer les perspectives de règlement de la guerre civile syrienne qui a fait plus de 250 000 morts depuis 2011.

Vendredi, des pourparlers élargis à d'autres diplomaties régionales et européennes incluront le ministre des Affaires étrangères iranien Mohammad Javad Zarif, marquant un tournant diplomatique majeur voulu par Moscou, soutien clé de Damas.

"La seule solution pour trouver une issue à la crise syrienne, c'est de mettre le plus d'acteurs possibles autour de la table. En cela l'ouverture de négociations, même si ce n'est qu'un début, est une bonne chose", observait un diplomate européen de haut rang.

L'Iran chiite et l'Arabie saoudite sunnite s'opposent ouvertement sur la Syrie

C'est la première fois que l'Iran sera représenté à une réunion internationale sur la Syrie. En 2012, l'Iran n'avait pas participé à la conférence de Genève-1 sur la Syrie, et son invitation à participer à Genève-2 en 2014 avait été retirée par le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon en raison de l'opposition des États-Unis et de l'Arabie saoudite, a rappelé la porte-parole de la diplomatie iranienne.

L'Iran chiite et l'Arabie saoudite sunnite -- les deux grandes puissances rivales de la région -- s'opposent ouvertement sur la Syrie. Téhéran apporte un soutien financier et militaire direct au régime de Damas alors que l'Arabie saoudite soutient les groupes rebelles et participe aux frappes aériennes de la coalition internationale menée par les États-Unis contre le groupe jihadiste État islamique (EI).

La Russie insiste depuis le début du conflit en Syrie sur la participation de l'Iran à un règlement politique. Mais les Etats-Unis s'y opposaient fermement, avant d'amorcer une inflexion surprise de leur position.

Arrivé à Vienne jeudi dans la matinée, John Kerry a prévu plusieurs entretiens avant la réunion quadrilatérale, notamment avec l'envoyé spécial de l'ONU pour la Syrie, Staffan de Mistura.

Le défi posé "n'est rien moins qu'une course pour sortir de l'Enfer", avait lancé M. Kerry avant son départ. Ces pourparlers représentent "l'occasion la plus prometteuse pour (trouver) une ouverture politique", avait-il jugé.

Aux chefs de la diplomatie américaine, russe, saoudienne et turque se joindront également vendredi leurs homologues libanais et égyptien. Les ministres des Affaires étrangères français, Laurent Fabius, britannique, Philip Hammond, et allemand, Frank-Walter Steinmeier, ainsi que la chef de la diplomatie européenne Federica Mogherini seront aussi présents.

Des négociations test ?

Pour l'Arabie saoudite, ces pourparlers seront l'occasion de tester "le sérieux" de l'Iran et de la Russie pour un règlement négocié du conflit.

"Le fait que les Saoudiens aient accepté la présence des Iraniens à Vienne est déjà significatif. C'est pour cela qu'on peut attendre à que ce ne soit pas une réunion pour rien", selon Karim Bitar, directeur de recherches à l'Institut français de relations internationales (IFRI), qui n'attend pas "d'accord définitif", mais "le début d'une nouvelle phase".

"Je ne crois pas que nous devions attendre d'avancées majeures des discussions à Vienne", avait déclaré le secrétaire d'Etat adjoint américain, Tony Blinken, tandis que Berlin a jugé très improbable une "percée", "les différences dans les positions (étant) trop grandes".

Le sort du président syrien continue de diviser Washington et Moscou.

Mais "la crise des réfugiés en Europe a convaincu tout le monde qu'on avait besoin d'une phase de transition, que l'autoritarisme de Bachar al-Assad est un moindre mal. Ce n'aurait pas été possible il y a deux ans", estime M. Bitar.

La France a affirmé avoir consulté mardi soir ses alliés occidentaux et arabes sur les "modalités d'une transition politique garantissant le départ de Bachar al-Assad dans un calendrier précis".

Washington et ses partenaires soupçonnent la Russie, lancée depuis le 30 septembre dans une campagne de bombardements aériens en Syrie, de vouloir par ces raids sauver le chef de l'Etat syrien. Moscou affirme intervenir contre le "terrorisme".

Sur le terrain, l'armée russe avait annoncé mercredi avoir bombardé 118 cibles "terroristes" ces dernières 24 heures, soit une intensité de frappes jamais atteinte depuis le début de son intervention militaire.

La Russie semble avoir mené pour la première fois un raid sur la province méridionale de Deraa, élargissant ainsi son champ d'opérations en Syrie, a affirmé jeudi l'ONG Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH).

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