Syrie: 400 personnes à Madaya ont besoin d'être évacuées d'urgence

Quelque 400 civils de la ville assiégée de Madaya, en Syrie, ont besoin d'une évacuation médicale d'urgence et l'ONU a demandé l'autorisation de le faire au gouvernement syrien, ont indiqué lundi des diplomates. "Quatre cent personnes doivent être évacuées immédiatement" et l'ONU espère le faire "dès que possible", peut-être dès mardi, a indiqué à la presse le patron des opérations humanitaires de l'ONU Stephen O'Brien.

Il venait d'informer de la situation à Madaya et dans d'autres villes syriennes assiégées les ambassadeurs des 15 pays du Conseil de sécurité réunis à huis clos.

Les civils à évacuer "sont en grand danger de mort" et souffrvent de malnutrition ou "d'autres problèmes médicaux", a-t-il précisé. Pour les évacuer en sécurité par la route ou les airs, a-t-il ajouté, il faudra des assurances de la part du gouvernement syrien mais aussi "d'autres parties".

Des souffrances "sans comparaisons"

Les souffrances dans la ville syrienne assiégée de Madaya sont "sans comparaison" avec ce que les travailleurs humanitaires ont pu rencontrer dans le reste du pays, a aussi estimé mardi un responsable des Nations unies qui s'est rendu sur place.

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Un convoi du croissant rouge syrien, le 11 janvier © LOUAI BESHARA - AFP

"Ce que nous avons vu est assez horrible, il n'y avait pas de vie. Tout était très calme. Des rapports crédibles disent que des personnes sont mortes de faim (...) Ce que nous avons vu à Madaya est sans comparaison (...) par rapport à d'autres parties de la Syrie", a déclaré le représentant du Haut-Commissariat de l'ONU pour les réfugiés (HCR), Sajjad Malik, en téléconférence depuis Damas. Il s'est dit "horrifié" par ce qu'il a vu, expliquant que les enfants en étaient réduits à devoir arracher de l'herbe pour survivre et qu'ils n'avaient quasiment rien d'autre à manger que de l'eau mélangée à des épices.

Un convoi d'aide humanitaire est entré lundi pour la première fois depuis octobre dernier à Madaya, ville syrienne assiégée depuis six mois par les forces armées du régime de Damas. D'autres convois sont prévus ces prochains jours, a déclaré Sajjad Malik.

Foua et Kafraya, deux autres localités syriennes chiites assiégées par les rebelles, ont également pu être ravitaillées lundi.

Un porte-parole du Bureau de coordination des Affaires humanitaires de l'ONU (Ocha), Jens Laerke, a expliqué que l'accord qui a permis aux humanitaires d'apporter de l'aide prévoit l'acheminement d'autres convois humanitaires dans ces trois mêmes villes (Madaya, Foua et Kafraya) mais aussi dans la ville de Zabadani.

260 000 morts depuis mars 2011

La population de la ville rebelle syrienne de Madaya souffre de famine après six mois de siège par les forces gouvernementales. Selon Médecins sans Frontières, 28 civils y sont morts de faim depuis début décembre.

"Il est important de noter qu'assiéger (une population civile) avec pour objectif de l'affamer est un crime de guerre", a souligné l'ambassadeur espagnol Roman Ozargun Marchesi. Il a cependant jugé "positive" l'autorisation donnée par Damas de ravitailler Madaya.

L'Espagne et la Nouvelle-Zélande, ainsi que la France, avaient demandé ces consultations du Conseil, qui va "continuer de suivre la situation", selon l'ambassadeur espagnol.

L'ambassadeur français François Delattre a souhaité qu'une réunion formelle du Conseil, publique celle-là, soit rapidement organisée sur le sort des villes syriennes assiégées, où 400 000 civils sont pris au piège selon l'ONU.

L'ambassadeur britannique Matthew Rycroft a réclamé que "tous les sièges soient levés pour sauver les vies des civils et pour promouvoir la paix en Syrie". François Delattre a fait valoir qu'améliorer la situation humanitaire ne pouvait que faciliter un règlement politique en Syrie, à moins de trois semaines de la date prévue pour l'ouverture de pourparlers de paix entre Syriens sous l'égide de l'ONU. "Les négociations inter-syriennes ne pourront pas reprendre sans une amélioration du sort des civils", a-t-il expliqué.

L'ambassadeur syrien Bachar Jaafari a de son côté affirmé qu'aucun civil n'était mort de faim à Madaya mais que "des terroristes à l'intérieur" de la ville volaient la nourriture. Il a accusé l'Arabie saoudite et le Qatar, deux ennemis jurés de Damas, de propager "des mensonges" dans le but de "diaboliser" le régime syrien et de "saboter" les prochains pourparlers de paix, prévus en principe à partir du 25 janvier à Genève.

La guerre en Syrie a fait 260 000 morts depuis mars 2011 et forcé des millions de Syriens à quitter leurs foyers et à s'exiler en nombre dans les pays voisins.

L'ONU s'efforce de porter secours à 4,5 millions de civils qui sont dans des zones difficiles d'accès, dont près de 400 000 sont assiégés par les forces du régime ou les groupes armés rebelles.

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