Qui croit au cessez-le-feu en Syrie? (reportage)

La "fin des hostilités" est annoncée pour la fin de cette semaine. Mais la tension reste maximale en Syrie. Conséquence : en Turquie aussi on reste très nerveux, particulièrement à la frontière avec la Syrie. Les réfugiés syriens en Turquie osent à peine croire à ce cessez-le-feu. Et cette annonce ne change encore rien pour eux. La plupart se trouvent toujours dans des conditions misérables et manquent de tout.

Au détour d'une rue, 200 réfugiés syriens attendent. Nous sommes à Kilis, ville turque frontalière avec la Syrie. Des femmes et des enfants patientent devant un centre de soin depuis des heures. Il est fermé le week-end, mais ces Syriens ont appris qu'un homme turc, visiblement un homme d'affaire, pourrait peut-être venir. Il aurait promis de leur donner des couches pour les enfants. Ces familles font donc la file toute une matinée pour recevoir des langes.

Mariam, réfugiée syrienne en Turquie depuis trois ans, se désole : "On se pousse l'un l'autre pour avoir quelque chose. On a fui les flammes, la guerre, et on est obligés de venir ici". Samira, lui aussi réfugiée depuis 1 an et demi, nous montre son bébé : "J'ai un petit enfant, regardez, et je dois mendier des langes".

Les enfants qui sont ici n'ont pas seulement besoin de couches. Ce bébé a été apporté dans une brouette, on nous dit qu'il est malade et qu'il a de la fièvre. Dans ces conditions très difficiles, les familles n'attendent qu'une chose : la fin de la guerre. Elle ont appris qu'un accord a été trouvé à Munich. Il annonce la fin des hostilités dans une semaine. Cela leur redonne un peu d'espoir. Fatma, est ici depuis 4 mois. "Si Dieu le veut, si Dieu le veut… j'espère que les avions russes et Bachar al-Assad vont se retirer, et qu'on pourra retourner dans notre maison en Syrie."

Mais ici, personne n'ose encore y croire réellement car l'accord reste flou et incertain. Les combats continuent en Syrie. Côté turc, la tension est palpable à tous les niveaux. Ainsi, en plein milieu de notre tournage, la police nous contrôle, très vite les autorités de Kilis nous demandent d'arrêter de filmer et de quitter la ville pour une raison inconnue.

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Samira et Mariam attendent des langes. © Aline WAVREILLE - RTBF

"La guerre dure depuis trop longtemps"

Quoi qu'il en soit, l'annonce de la fin des hostilités en Syrie est historique. Nous avons rendez-vous avec Oussama dans un dispensaire. Il est médecin et a lui-même fui les combats à Alep. Il travaille désormais en Turquie et soigne ses compatriotes. "La guerre dure depuis trop longtemps. Pour moi cet accord, c'est un espoir. Ça l'est pour tous les Syriens."

Un peu d'espoir, mais beaucoup de prudence. C'est un accord très fragile. "Si vous retirez al-Assad, tout ira bien. Si al-Assad reste, la guerre va se poursuivre. Parce que Bachar al-Assad est en train de détruire la Syrie."

"J'ai honte d'être Européen"

En plus d'une trêve militaire, l'accord prévoit aussi d'accélérer et d'élargir la fourniture d'aide humanitaire à plus de sept villes assiégées. Pour le moment, rien n'a bougé. La situation est pourtant critique, comme l'explique Sam Taylor, porte-parole de Médecins Sans Frontières (MSF) dans la région : "On estime, avec les structures que l'on soutient sur place, qu'il y a entre 1,5 million et 2 millions de personnes qui vivent dans des villes assiégées. Ils n'ont pas suffisamment accès aux soins médicaux. Et les gens meurent de faim. On n'est pas loin de l'Europe ici, et j'ai honte. J'ai honte que cela puisse se passer en 2016 avec tous les accords qu'il y a, avec l'ONU, l'Union européenne. J'ai honte".

Alors il attend avec impatience l'application de cet accord signé à Munich. "S'il y a quelque chose qui peut arrêter les bombardements et la violence, bien sûr, c'est excellent, mais il faut le voir, en concret, et maintenant."

Ce cessez-le-feu doit commencer dans une semaine. Et les Syriens bloqués derrière la frontière turque ne savent pas combien de temps ils devront encore attendre, et surtout s'ils passeront un jour côté turc ou s'ils rentreront chez eux.

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Des dizaines de femmes attendent devant le centre de soins. © Aline WAVREILLE - RTBF
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