MSF: "Les Syriens ne vivent pas, ils meurent"

La guerre a débuté en Syrie il y a cinq ans, le 15 mars 2011. C’est ce jour-là que des premiers appels à manifester sont postés sur Facebook. Le but ? Déboulonner Bachar el-Assad, le président syrien. Peu à peu les manifestations se sont muées en révolte puis en guerre civile.

Entre la répression sanglante du régime et les exactions du groupe terroriste État islamique, qui s’est emparé de 40% du territoire, les Syriens vivent dans un pays dévasté. Plus que de la souffrance, selon Pierre Boulet Desbareau, coordinateur de terrain des projets MSF en Syrie : "Cinq années de mort vécue au quotidien. Comment vivent les Syriens à l’heure actuelle ? En fait, les Syriens ne vivent pas. Ils meurent. Ils meurent principalement du manque d’accès aux soins. Ils meurent principalement de bombardements, de malnutrition quelquefois, de famine. Et, derrière, ceux qui ont encore la chance de vivre se demandent au quotidien comment ils vont mourir et quand ils vont mourir".

Et dans un territoire fragmenté, que se disputent régime, rebelles et islamistes, des populations sont piégées. "MSF considère qu’un million et demi de personnes sont actuellement enfermées, piégées dans des zones qui sont encerclées par des militaires."

Toute activité médicale est considérée comme criminelle

À cela s’ajoute un nouveau problème : les frontières qui se ferment les unes après les autres, empêchant les Syriens de fuir. MSF est présent sur le terrain en Syrie, mais non sans difficulté.

"Toute activité médicale est considérée comme criminelle – elle a été criminalisée par le gouvernement de Bachar el-Assad en 2012 –, donc nous intervenons clandestinement par des réseaux 'underground', souterrains, pour pouvoir venir en aide à ceux qui restent, ceux qui essaient d’apporter une assistance médicale. Mais il y a peu de médecins qui restent."

Les capacités pour faire face à cette situation sont épuisées

Pierre Boulet Desbareau est pessimiste. "Moi, ma crainte principale, c’est que demain il n’y aura plus grand-chose qu’on pourra faire, parce que le pays se referme et que les capacités pour faire face à cette situation sont épuisées."

Le responsable de MSF attend beaucoup des négociations en cours."J’attends effectivement beaucoup. J’attends qu’ils aboutissent. Il y en a beaucoup qui n’ont jamais abouti. J’attends qu’ils soient suivis d’effets. J’attends aussi que ce qui a été décidé au Conseil de Sécurité en termes d’accès d’aides humanitaires, en termes de cessation de bombardements sur les populations civiles deviennent effectives. Beaucoup de lignes rouges ont été franchies. Les résolutions de protection décidées par le Conseil de Sécurité sont violées tous les jours. J’attends simplement qu’il y ait un respect de ces résolutions."

En cinq ans de guerre, plus de 250 000 personnes sont mortes – mais l’ONU a arrêté de compter il y a 18 mois, des données fiables n’étant plus disponibles – et 13,5 millions ont été touchées d’une manière ou d’une autre. 4,8 millions de Syriens ont fui.

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