Les Nations unies renoncent à compter le nombre de morts en Syrie

Chaque mort en Syrie a un visage. Mais les Nations unies ne sont plus en mesure de dire combien de victimes sont tombées.
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Chaque mort en Syrie a un visage. Mais les Nations unies ne sont plus en mesure de dire combien de victimes sont tombées. - © ANWAR AMRO - BELGAIMAGE

Combien de victimes fait le conflit syrien ? Cette question n'a désormais plus de réponse officielle de la part des Nations unies. La dernière estimation remonte à juin 2013 et fixait à 93 000 le nombre de morts. Depuis lors, la situation sur le terrain s'est encore détériorée, au rythme de plusieurs milliers de morts par mois. Mais le Haut-Commissariat aux Droits de l'Homme ne dispose plus de suffisamment de sources pour établir une estimation fiable.

Différents acteurs présents en Syrie fournissaient jusqu'à présent sept ensemble de données différents. Par un travail de recoupement, les spécialistes éliminaient les doublons pour arriver à un chiffre le plus proche possible de la réalité.

"Nous estimons que nous ne sommes plus en position de respecter un standard de qualité et de vérification pour nous permettre de publier de nouveaux chiffres", nous dit Cécile Pouilly, porte-parole du HCHR. "Si à l'avenir, nous sommes à nouveau capable de faire ce travail de qualité, nous le ferons, bien en tendu. Mais sachant que l'on avait atteint 93 000 morts en juin dernier et que l'on avait 5000 nouveaux décès par mois, on approchait facilement les 100 000 personnes décédées, ce qui est un chiffre choquant et terrible."

La principale source qui fournit encore une estimation du nombre de victimes en Syrie est l'Observatoire syrien pour les droits de l'homme. Les chiffres de l'OSDH étaient d'ailleurs l'une des bases de données utilisées par les Nations unies. Cette ONG basée à Londres dispose d'un réseau d'informateurs en Syrie. Selon l'OSDH, le conflit a fait plus de 130 000 morts depuis son déclenchement en 2011.

La Syrie est progressivement en train de basculer dans un trou noir de l'information. Les enlèvements de journalistes occidentaux dissuadent désormais la plupart des médias d'y envoyer des reporters. Même les Nations Unies avouent ne plus avoir les moyens d'obtenir une vision globale de ce qui s'y passe.

"Ce manque d'accès à la Syrie est un vrai problème pour notre travail", reconnaît Cécile Pouilly. "Nous avons à maintes reprises demandés l'accès au territoire syrien pour pouvoir documenter ce qui s'y passe, dénoncer les exactions très nombreuses qui sont commises de part et d'autre. Malheureusement, nos appels restent vains."

Daniel Fontaine

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