Kilis, la ville turque qui a doublé de taille avec l'arrivée des réfugiés syriens (reportage)

À Kilis, la population a doublé depuis le début de la guerre en Syrie.
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À Kilis, la population a doublé depuis le début de la guerre en Syrie. - © Aline WAVREILLE - RTBF

Selon les autorités turques, 100 000 personnes sont désormais déplacées au nord de la Syrie. La frontière entre les deux pays est toujours fermée. La Turquie se dit déjà débordée de réfugiés. Ce pays affirme qu'il a déjà accueilli 2,7 millions de Syriens depuis le début de la guerre en 2011. Soit ils sont installés dans des camps, soit ils vivent dans les villages et villes turques frontalières.

Dans la ville de Kilis, juste à côté du poste-frontière d'Oncupinar, il y avait 90 000 habitants. Mais avec la guerre, la population a plus que doublé : 95 000 réfugiés syriens se sont ajoutés aux Turcs de Kilis. Depuis le début de la guerre en Syrie.

La cohabitation n'est pas toujours facile. À cause de cela, les loyers ont augmenté, il y a plus de chômage et d'embouteillages. Mais beaucoup de Syriens ont aussi réussi à s'intégrer. Dans le centre ville, on voit désormais des affiches en turc et en arabe.

Enfants et adultes syriens travaillent illégalement

Certains Turcs en tirent même profit. Dans son garage, Mohammet Ali emploie désormais un enfant et un adulte syriens. Ce dernier, Yasir Mustafa, a quitté la ville d'Alep il y a six mois. Six mois d'exil et la vie qui se reconstruit peu à peu : "Je suis entré en Turquie comme réfugié. Puis, j'ai loué une maison et j'ai trouvé du travail dans ce garage grâce à un ami turc".

Il est encore marqué par ce qu'il a vu en Syrie : "Il y avait les tortures et les décapitations… C'était devenu normal pour nous de voir le groupe terroriste État islamique couper les mains et décapiter des personnes. Et... c'est un peu difficile à dire... mais, à force, les enfants utilisaient des têtes pour jouer au football. Ce n'est pas humain".

C'est avec ces images dans la tête qu'il faut travailler tous les jours. Ici en Turquie, il bosse au noir. Le pays a promis à l'Union européenne de donner des contrats de travail aux réfugiés. Mais, pour l'instant, rien n'est encore mis en place.

La situation est pire encore pour son jeune neveu. À 11 ans, Hidir Mustafa est aide-mécanicien. Il gagne l'équivalent de 8 euros par semaine. Le visage barbouillé de cambouis, il s'affaire dans le petit atelier. "Je donne des outils au garagiste, je les reprends, je fais des courses pour eux." Il travaille au lieu d'aller à l'école : "À Alep, j'allais à l'école. Mais on a du quitté Alep. Donc je ne pouvais plus aller à l'école. Puis on est arrivés ici. Mon père a décidé de ne pas m'envoyer à l'école. C'est pour cela que j'ai commencé à travailler ici". Il rêve de rentrer dans son pays, la Syrie, quand la guerre sera finie. Il aimerait être docteur, et peut-être s'engager comme soldat.

Le patron du garage les a engagés pour les aider, et pour éviter qu'ils ne volent dans la rue, dit-il. "Ça leur permet de manger. Si je ne leur permettais pas de travailler ici, ils ne trouveraient pas de travail ailleurs à Kilis. Et du coup, ils voleraient. Ils seraient peut-être violents." Mais il pense tout de même qu'il y a trop de Syriens dans sa ville. "Je me plains, car il n'y a plus la paix à Kilis et dans le reste du pays. Ce n'est pas bon pour la Turquie que les Syriens entrent ici."

Pour ou contre l'ouverture de la frontière ?

Et avec d'autres hommes du quartier, le débat est lancé. Si le cessez-le-feu n'est pas appliqué, faut-il oui ou non ouvrir les frontières ? Des dizaines de milliers de Syriens pourraient encore arriver. Pour l'un deux, "les Syriens sont bons dans certains secteurs. C'est bien pour la construction, car c'est de la main d'oeuvre bon marché. Mais dans d'autres secteurs, ils posent vraiment problème".

D'autres arguments sont avancés : "Avant l'arrivée des Syriens, on faisait notre travail nous-mêmes. Nous n'avions pas faim ! Maintenant qu'ils sont là, on doit tout partager en deux. Avant, la Turquie existait !".

Mais un vieil homme est agacé par les clichés véhiculés sur les Syriens : "Ce n'est pas vrai que chaque Turc a une femme syrienne ! C'est ridicule de dire qu'ils volent notre travail. Kilis est bien plus vivante aujourd'hui !".

Par contre, les Turcs sont d'accord sur une chose : l'Union européenne se referme sur ses peurs : "Depuis 5 ans, l'Europe n'écoute rien ! Des gens meurent là-bas ! Et ce sont des êtres humains ! Qu'importe leur religion, leur langue, leur nationalité. Ce sont juste des humains !".

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