À la frontière turco-syrienne: "Je n'ai jamais vu une telle atrocité"

En Syrie, la ville d'Alep subit un nouvel assaut meurtrier depuis le 1er février dernier. L'aviation russe et les combattants iraniens apportent leur soutien à l'armée de Bachar al-Assad pour tenter de reprendre l'entièreté de la ville. Depuis, des dizaines de milliers de Syriens fuient vers le nord, vers la Turquie. Mais ils se trouvent bloqués à la frontière dans un no man's land. La situation humanitaire est catastrophique. Pour l'instant, la Turquie garde la frontière fermée.

Côté turc, juste à côté de la frontière avec la Syrie, nous arrivons dans un immense dépôt où est stockée de l'aide humanitaire. On y trouve de tout ou presque. Zafer Ersoy, le porte-parole de l'ONG turque IHH est notre guide. Il explique que tous les jours, cinq tonnes de vivre et de matériel partent d'ici vers les nouveaux camps installés côté syrien. Il y a urgence, des milliers de personnes se trouvent là-bas sans ressources.

"On continue de monter de nouvelles tentes. En 24 heures, on en a construit 200 pour subvenir à leurs besoins. 90 camions nous permettent d'acheminer les besoins de première nécessité, de la nourriture. Par exemple ces pommes de terre, on les utilise pour préparer des repas chauds." Son collègue, Hikmet Solen, responsable de la cuisine, est choqué par la situation de l'autre côté de la frontière : "Je suis allé en Afrique mais je n'avais jamais vu cela, je n'ai jamais vu une telle atrocité".

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Hikmet Solen, responsable de la cuisine, se dit choqué par la situation à la frontièr © Tous droits réservés

C'est aussi dans les murs du dépôt que l'organisation cuisine du boulghour, des légumes dans d'immenses casseroles. Elles aussi passeront la frontière. Un travail titanesque. Mais selon Hikmet Solen, ce n'est pas suffisant : "Nous ne pouvons leur donner qu'un seul repas par jour donc bien sûr ils ont faim. Et puis même si elles ont fui, ces personnes ont toujours très peur... et ça c'est difficile à voir".

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Le dépôt de nourriture de l'ONG turque IHH. © Tous droits réservés

Direction la frontière d'Oncupinar

Les camions chargés quittent le dépôt. A peine un kilomètre plus loin, ils font la file pour passer le poste frontière d'Oncupinar vers la Syrie. Au-delà, c'est le no man's land, une zone entre les deux pays où se trouvent les réfugiés syriens. Seuls les camions et les ambulances peuvent passer. Nous ne pourrons pas aller plus loin. La frontière est fermée, pour empêcher justement les Syriens d'entrer en Turquie.

A côté du poste frontière, nous rencontrons des Syriens qui avaient réussi à passer côté turc il y a un ou deux ans. Mustafa a la cinquantaine, il vend de la nourriture sur place. Il a de la famille dans le camp de réfugiés, il tente par tous les moyens d'avoir de ses nouvelles. "Parfois on communique par messagerie grâce à internet. Mais ça ne marche pas toujours, alors je donne un petit mot à un camionneur pour qu'il le fasse passer." Un mot à la famille pour informer et réconforter. Mustafa espère que la Turquie va ouvrir la frontière et accueillir sa famille.

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À la frontière turco-syrienne: l'insupportable attente de Mustafa a la cinquantaine qui vend de la nourriture sur place. © RTBF

Retourner se battre

Mais d'autres ne veulent plus attendre. C'est le cas d'un jeune Syrien de 25 ans, Mustafa, réfugié lui aussi en Turquie. Cela fait deux jours qu'il est ici au poste-frontière d'Oncupinar, il veut rentrer en Syrie. C'est comme si le froid avait gommé ses émotions. Il grelotte, assis sur son gros sac. "Je veux traverser la frontière et je ne veux pas rester en Turquie. Je veux aller en Syrie. Je veux réintégrer l'Armée Syrienne Libre. On m'avait dit que c'était facile de passer la frontière. Mais ça a l'air impossible."

 

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Depuis l'intervention militaire russe, Mustafa veut retourner se battre en Syrie. © Tous droits réservés

Mustafa se dit déterminé. La guerre, il dit qu'il la connaît. Il affirme qu'il a déjà combattu aux côtés des rebelles, à Alep. Mais il raconte qu'il a fui avec l'arrivée du groupe terroriste État islamique. S'il a décidé de reprendre les armes, c'est parce la Russie a changé la donne. "En Syrie, il y a des musulmans qui meurent, l'humanité meurt, des civils meurent. La Russie, veut éliminer l'Armée Syrienne Libre. Mais ce sont surtout des civils qui meurent dans cette guerre. Vous pensez qu'un enfant de 2 ou 3 ans a des armes pour s'opposer à Bachar al-Assad? Je pense que nous devons arrêter cela, c'est notre guerre sainte." Lui veut se battre.

Nasi, la soixantaine, n'a plus que ses larmes. Elle a perdu un fils dans cette guerre. Ses deux autres fils sont blessés. Et Pour elle, Bachar al-Assad est le seul responsable. "Il y a une seule et même une personne qui sème la haine dans ce pays. Une seule et même personne qui a trahi le peuple syrien. Que l'on nous aide!" Et elle supplie la Turquie d'ouvrir ses frontières, de laisser entrer les Syriens bloqués de l'autre côté.

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