Asile et migration: les pays de l'UE avancent toujours en ordre dispersé

Arrivée de demandeurs d'asile au centre d'accueil d'urgence de Bierset ce lundi 31 août
Arrivée de demandeurs d'asile au centre d'accueil d'urgence de Bierset ce lundi 31 août - © SOPHIE KIP - BELGA

Face à l'afflux exceptionnel de réfugiés en Europe ces derniers mois, l'Union européenne tente de trouver une solution commune. Matteo Renzi, le chef du gouvernement italien, l'a encore rappelé ce week-end : "L'Europe doit arrêter de s'émouvoir et commencer à se mouvoir". En effet, les drames se multiplient sur la route de l'exode des dizaines de milliers de migrants qui essaient de rejoindre l'Europe.

Distinguer les "pays d'origine sûre"

Une réunion extraordinaire des ministres européens de l’Intérieur, sollicitée conjointement par l'Allemagne, la France et le Royaume-Uni, est prévue le 14 septembre. Les trois pays exigent des mesures immédiates pour répondre à la crise migratoire. Ce lundi encore, Angela Merkel a répété que les migrants devraient être répartis de manière équilibrée au sein des 28 : "Si on n'y arrive pas, la question de l’avenir de Schengen se posera", a-t-elle averti. La chancelière défend aussi l'établissement d'une liste européenne des pays d'origine sûre. Berlin veut ainsi stopper l'immigration économique des personnes venues de pays des Balkans comme la Serbie, la Bosnie ou encore la Macédoine.

Mais pour Philippe De Bruycker, professeur à l'ULB et spécialiste de l'immigration et de l'asile en Europe, l'établissement d'une telle liste ne serait qu'une solution partielle à la crise : "Cela pourrait être un élément de réponse pour autant que cette liste soit effectivement appliquée et que, par la suite, les personnes qui se seraient vu refuser le statut de réfugié - parce que provenant de pays 'sûrs' - soient effectivement renvoyées dans leur pays d'origine. Par ailleurs, il est bon de rappeler que cette idée n'est pas du tout neuve. Il y a une dizaine d'années, il y a déjà eu une tentative d'élaborer une liste semblable et cela avait échoué. Donc, on revient avec une vieille idée mais, cette fois-ci peut-être, avec plus de volonté politique pour aboutir. Mais il faudra encore voir ce que cela pourrait donner en termes de résultat".

Mais l'idée d'Angela Merkel est visiblement partagée par la Commission européenne. En visite à Calais, un des symboles forts de la crise actuelle, Frans Timmermans, le vice-président de la Commission, a annoncé qu'une liste de pays sûrs serait présentée prochainement.

L'Italie veut un droit d'asile européen

Cette liste serait donc un élément de réponse à la crise mais largement insuffisant, comme l'ensemble des mesures envisagées jusqu'ici. Seule l'Italie dit vouloir obtenir un droit d'asile européen. Pour Philippe De Bruycker, la proposition italienne est encore très vague : "La formule est très générale et conserve une part de mystère. On peut penser que cela signifierait plus de compétences pour les institutions européennes concernées comme par exemple le bureau européen d'appui en matière d'asile (EASO) qui est l'agence compétente en la matière. Plus d'argent aussi. La politique en cette matière, selon l'Italie, devrait être financée non plus pour l'essentiel par les États membres, comme c'est le cas actuellement, mais par l'Union européenne. Donc un renversement du système".

Mais une telle réponse - commune - n'est pas à l'ordre du jour. Les Européens sont très divisés et continuent d'avancer en ordre dispersé. Quatre pays d'Europe centrale - la Pologne, la Slovaquie, la Hongrie et la République tchèque - ont annoncé ce lundi qu'ils se rencontreraient en fin de semaine pour définir une position commune. Ils rejettent toute idée de quotas fixés par l'Union européenne pour l'accueil des migrants.

Frans Timmermans a quant à lui assuré ce lundi à Calais que l'Union "avait les moyens d’accueillir ceux qui ont besoin de protection". Pas sûr que tous les États membres en soient convaincus. Le défi est de taille : 340 000 personnes sont arrivées aux frontières de l’Union européenne depuis le début de l’année.

Retrouvez toute l'actualité européenne avec Euranet Plus, le premier réseau d'information européenne.

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK