Surmortalité des abeilles : "J’applique le plan pour réduire de 50% les pesticides", affirme David Clarinval

David Clarinval, ministre fédéral (MR) de l’Agriculture était l’invité de Stéphanie Lepage dans le cadre de la séquence "Droit de suite" pour revenir sur l’interdiction européenne de pesticides qui provoquent une surmortalité chez les abeilles. La Belgique met-elle tout en place pour réduire au maximum l'utilisation de pesticides ? Les solutions proposées sont-elles adéquates ?

 

En 2018, l’Europe marque le coup pour sauver les abeilles

En 2018, les Etats membres ont adopté la proposition de la Commission européenne d’interdire l’usage de ces insecticides "tueurs d’abeilles", plus précisément appelées les néonicotinoïdes.

Ces pesticides sont utilisés notamment en culture de betterave sucrière pour lutter contre les pucerons mais ils sont aussi toxiques pour les abeilles.

Abeilles qui sont fondamentales pour la pollinisation de nos cultures. Les fruits et légumes que nous mangeons ont besoin d’être pollinisés par les insectes. Pareil pour les plantes sauvages et donc, la biodiversité.

Or, les apiculteurs constatent une surmortalité des abeilles à miel et des abeilles sauvages très importante depuis des années. On parle de plus de 30% de mortalité hivernale, ce qui est très élevé. Alors qu’une mortalité normale chez les abeilles est d’environ 10%.

En 2017, un apiculteur désespéré témoignait au micro de la journaliste Jennifer Istace :
 

Vous avez une abeille, le lendemain,

vous n’êtes même plus sûr qu’elle est encore là.

La Belgique, mauvaise élève de la classe européenne en matière de pesticides

Depuis le début des années 2000, les apiculteurs militent pour obtenir l’interdiction des néonicotinoïdes et cela a fini par payer.

Dès 2013, 3 d’entre eux sont interdits partiellement par la Commission européenne. Par la suite la Commission confirmera et étendra cette interdiction à tous les usages extérieurs de ces néonicotinoïdes en 2018. L’agence européenne de sécurité des aliments avait alors mis en évidence la toxicité de ces pesticides pour les abeilles.

Mais depuis 2018, la Belgique qui s’était abstenue lors du vote européen, a demandé des dérogations permettant aux agriculteurs de continuer à utiliser les pesticides de façon temporaire. L’ex-ministre de l’agriculture, Denis Ducarme, s’était déclaré favorable à un arrêt après 3 ans afin que le secteur betteravier puisse s’adapter.

Conséquence aujourd’hui, l’interdiction européenne n’a pas encore de réel effet sur les ruchers en Belgique, comme l’explique Martin Dermine de l’ONG PAN Europe (Pesticide Action Network) :

En Belgique on n’a pas vu un effet favorable direct et quand on effectue des tests pour évaluer le taux de pesticide dans l’environnement on en a encore énormément, entre autres car ils sont autorisés sous le système de dérogation, en culture de betteraves et ce sont des cultures très importantes

La Belgique prolonge certains néonicotinoïdes

Le prédécesseur libéral au poste de ministre de l’Agriculture, Denis Ducarme, nous a indiqué avoir demandé qu'il n'y ait plus aucune dérogation attribuée aux néonicotinoïdes en 2020. Mais David Clarinval a finalement accordé un an de dérogation supplémentaire pour 2021.

Il justifie cette décision par le manque d’alternatives. "J’ai interdit deux des trois néonicotinoïdes qui avaient été annoncés.

Il y a depuis cette année deux molécules qui sont interdites en Belgique, la troisième qui peut être prolongée, comme d’ailleurs 17 autres pays européens l’ont fait, il faut savoir que tous les pays betteraviers d’Europe ont prolongé la troisième d’un an et dans certaines conditions.

La Belgique l’a prolongé dans des conditions très dures, à l’inverse de la France qui est beaucoup plus soft

J’ai totalement respecté ce que mon prédécesseur avait promis, comme 17 autres pays, faute d’alternative.

Il y a de la recherche et plusieurs pistes, la première c’est de pulvériser de façon globale, mais ça a un impact sur les abeilles bien plus graves que les néonicotinoïdes."
 

Quelles sont les alternatives sur lesquelles mise la Belgique ?

David Clarinval mise principalement sur la recherche génomique qui pour lui représente la solution la plus efficace autant pour les agriculteurs que pour les apiculteurs.

"Monitorer c’est évidemment une piste intéressante qui utilise plusieurs solutions. On peut pulvériser mais de manière plus cibler, on peut utiliser certains produits, on peut aussi prendre des techniques manuelles, mais ça n’est pas nécessairement rentable pour les agriculteurs.

Il y a une piste qui selon moi est très intéressante, ce sont les techniques génomiques, et les chercheurs travaillent là-dessus. Cela consiste à créer des gènes qui sont résistants à cette jaunisse de la betterave pour ainsi supprimer les pulvérisations, les néonicotinoïdes, sur le plan environnemental et sur le plan de l’économie, ce serait nettement plus intéressant. On est dans cette transition entre cette ancienne technique et les nouvelles techniques, mais il faudra encore peut-être un an ou deux avant qu’elles ne soient concrètement applicables.

Aujourd’hui il n’y a pas plus que 15% de ce qui était fait avant en termes de néonicotinoïdes, la quantité en 2021 sera 85% plus faibles par rapport à l’année précédente, c’est quand même déjà un geste important.

Et dès qu’on aura ces alternatives génomiques, on pourra, je pense, apporter une solution qui soit positive pour tout le monde.

La Belgique, pas assez ambitieuse et volontaire pour réduire son utilisation de pesticides ?

Les objectifs européens pour 2030 vont vers une diminution importante de l’utilisation de pesticides. Or la Belgique va dans le sens inverse selon le réseau européen d’ONG anti-pesticides, PAN Europe : "La Commission européenne a fixé pour objectif de réduire de 50% notre utilisation de pesticides pour 2030 et ce qu’on observe, c’est qu’il n’y a pas de réelles politiques que ce soit au niveau régional ou fédéral.

On est un des pays où les pesticides les plus toxiques sont autorisés

On pourrait dire que ça va même dans le mauvais sens, parce que des pesticides très toxiques pour les abeilles, étaient réservés à une utilisation uniquement sous serre et avec David Clarinval il y a des autorisations en pleins champs, on observe une diminution de la volonté de protéger les pollinisateurs. La Belgique est un des mauvais élèves en Europe car c’est le deuxième plus gros utilisateur de pesticides, mais en plus on constate qu’il n’y a pas de volonté politique pour s’améliorer. 

Le respect du plan 

Le ministre de l’Agriculture se défend de tout manque de volonté politique pour réduire l’usage des pesticides en Belgique. Selon lui, l’ambition est là, et le respect du plan de ces prédécesseurs en est la preuve.

 

Ce lobby vert très actif présente les choses de manière honteuse et scandaleuse

Et il poursuit en rassurant sur le fait qu’au-delà des mesures déjà prises, des projets sont déjà en train d’être pensés pour le futur :

"Nous avons avec ce gouvernement continué le plan 2018-2022, il y a 176 actions qui ont été mises en place pour réduire les pesticides de 50%, ce lobby présente un seul élément de manière biaisée. J’applique vraiment le plan et on travaille avec mes collègues de la Santé et de l’Environnement pour un plan pour 2023-2027, je peux rassurer sur le fait que nous avons l’ambition de mettre en place ce plan de réductions de 50% de pesticides."

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