Stade national: "faire croire au public que ça ne coûtera pas 1 euro d’argent public c’est mentir " (Benoit Hellings)

Benoît Hellings, actuel échevin des Sports à la Ville de Bruxelles était l’invité d’Elisabeth Groutars dans le cadre de la séquence "Droit de Suite" de Matin Première pour faire le point sur un dossier qui a créé bien des désillusions ces dernières années, le projet d’un nouveau stade national. Un véritable fiasco dû notamment aux tensions communautaires.  Alors notre stade national sortira-t-il finalement un jour de terre ?

 

 

 

 

Le contexte : un stade qui restera à l’état de maquette

La Belgique aurait pu accueillir plusieurs matchs de l’Euro cette année dans un stade flambant neuf de 60.000 places, sur le parking C du Heysel, juste à côté du stade Roi Baudouin. Un stade qui ne répond plus aux normes de l’UEFA. Mais ce projet, cet Eurostadium dont on parlait déjà en 2013, restera à l’état de maquette.

En 2017, l’UEFA décide de recaler Bruxelles comme ville d’hôte pour l’Euro. C’est un véritable fiasco que l’on doit notamment à des tensions communautaires : le parking C appartient en effet à la ville de Bruxelles mais est situé à Grimbergen, en région flamande. Impossible pour toutes les parties de se mettre d’accord sur ce projet d’envergure nationale.

Rénovation plutôt que construction

Ce n’est plus vers une construction d’un nouveau stade mais vers la rénovation du stade roi Baudouin qu’on se dirige aujourd’hui.

La Ville a décidé de rompre le contrat de bail avec la société Ghelamco, bail qui était à la base du projet de l’Eurostadium. Et en 2019, l’Union belge de football et le Mémorial Van Damme se sont alliés pour plaider la transformation et la rénovation du stade roi Baudouin actuel.

Où en est la rénovation du stade roi Baudouin ?

Pour le moment rien n’a été décidé, et aucune discussion officielle n’a été entamée explique Benoit Hellings.

"La ville est favorable à l’idée d’accueillir une compétition comme la coupe du monde féminine de football. Si toutes les autorités fédérales, régionales et communales s’alignent pour accueillir un événement comme celui-là. On a vu à quel point ça a eu du succès en France, pour la dernière coupe du monde féminine. Bien sûr la ville de Bruxelles mettra à disposition le stade roi Baudoin pour ce projet comme elle l’a toujours fait, mais vous le savez la rénovation de ce stade ça a toujours été un investissement du gouvernement fédéral pour rénover une infrastructure communale pour accueillir un événement mondial ou européen.

Donc si on est tous alignés autour d’un beau projet national, alors oui, la ville de Bruxelles est partisane d’accueillir un événement sportif avec un retentissement mondial.

Des discussions informelles sont en cours pour voir s’il est possible d’envisager quelque chose, mais il n’y a pas encore de véritables objectifs financiers. A ce stade rien n’a été décidé et c’est normal parce que ça représente beaucoup d’argent public. Il faut tirer les leçons de la catastrophe de la stratégie "ragnagna", construire un stade sur une région qui n’est pas la région bruxelloise, ça ne marche pas et faire croire au public que ça ne coûtera pas 1 euro d’argent public c’est mentir."

Faut-il opter pour de l’investissement privé ?

Benoit Hellings a étudié les différentes options, en comparant avec ce qui se faisait ailleurs et pour lui cette solution n’est clairement pas optimale.

"Je pense qu’on a essayé le financement privé et j’ai analysé beaucoup de cas de stade de type " stade événementiel ", stade sans équipe résidente en Europe, on a le meilleur qui est celui du Stade de France. Le PSG ne joue pas au Stade de France et résultat, les résultats financiers sont corrects pour le consortium privé qui gère le stade, pourquoi ? Parce que l’Etat français donne 13 millions par an au consortium privé parce qu’il n’y a pas d’équipe résidente et que le stade doit être à l’équilibre.

Donc si on veut faire de l’image avec le futur stade roi Baudouin rénové, il faut assumer que ce soit des moyens publics, nationaux, régionaux, et un peu communaux évidemment."

 

Combien est-ce que cela va coûter ?

"Un stade ça coûte beaucoup d’argent, c’est la raison pour laquelle on n’a pas avancé sur ce dossier depuis un an et demi puisque nous avons consacré notre attention et nos moyens publics à la gestion d’une pandémie qui nous empêchait précisément de rassembler 45.000 personnes dans le stade.

Aujourd’hui si on réfléchit à un plan de redéploiement de notre économie, de notre vie culturelle et sportive ça peut passer par un investissement national dans un stade national et ça coûte 150 à 200 millions d’euros, c’est beaucoup d’argent.

Construire ce stade c’est le même prix qu’un seul chasseur bombardier, on en achète 34.

Est-ce qu’on peut considérer que nos sportifs, sportives que ce soit des femmes ou des hommes, sont des armes de séduction massive à l’échelle mondiale ? Quand nos diables rouges quand ils jouent, quand Nafissatou Thiam court, est-ce que ce ne sont pas des armes de séduction massive pour la Belgique et donc pour sa capitale ? Je pense que oui, mais on ne réussira pas cette rénovation du stade national, la construction d’un nouvel espace national avec une seule femme ou un seul homme, c’est à tous les niveaux que cela doit se jouer.

 

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