Réforme de la protection civile : " On aurait pu avoir beaucoup plus de personnes directement disponibles pour aller secourir les gens qui étaient inondés" selon Éric Thiébaut

 

Eric Thiébaut, bourgmestre de la commune d’Hensies, député fédéral, président de la zone de secours Hainaut Centre était l’invité de Florence Dussart dans le cadre de la séquence "Droit de suite", une séquence qui vous propose de faire le point sur l’évolution d’une actualité du passé. Retour dans cet épisode sur la suite d’une réforme qui a fait pas mal de bruit : la réforme de la protection civile, rentrée en application le 1er juillet 2019. Où en est-on, 2 ans et demi après cette décision ?

 

 

De 6 centres de protection civile à 2

La réforme de la protection civile est entrée en application le 1er juillet 2019. C’est Jan Jambon qui en est à l’origine. Globalement, il y avait 6 postes de protection civile en Belgique. Ils ont été regroupés en 2 centres. Un en Flandre, près d’Anvers. L’autre à Crisnée, près de Liège.

Il faut savoir que la protection civile, elle a une mission spécifique, c’est l’aide à la population en particulier lors de catastrophes. Donc ils ont des moyens spécialisés, pour renforcer les services de pompiers. Par exemple, quand il y a des accidents, des pollutions chimiques, nucléaires, quand il faut sauver des personnes des décombres, lors de grosses inondations.

La réforme de Jan Jambon a beaucoup fait grincer des dents. Deux ans et demi après cette décision, pour la Wallonie et Bruxelles, tous les services sont donc regroupés à Crisnée. Avec beaucoup moins de moyens qu’avant. Et avec de grosses frustrations pour le personnel.

 

Que donne la réforme deux ans et demi plus tard ?

Aujourd’hui, il n’existe désormais plus que 2 casernes au lieu de 6. Une dans la province d’Anvers, à Brasschaat et l’autre dans la province de Liège à Crisnée. Pour certains agents, cette situation a créé une situation d’inutilité voire même d’oubli. Pour Eric Thiébaut, cela est dû d’une part à la suppression des casernes, selon lui fortement utile là où elle était située, mais également à la nouvelle organisation du travail que cela a engendré.

"Il y avait une grosse utilité pour la province du Hainaut d’avoir une protection civile à Ghlin, ça avait tout son sens d’avoir une caserne, et je peux comprendre les gens qui y travaillaient se sentaient utiles et donc n’ont pas compris qu’ils aient dû soit changer de service, soit aller travailler à Crisnée, à plus de deux heures de Ghlin."

Que sont devenus les membres du personnel ?

"Ils ne font plus le travail qu’ils faisaient autrefois", explique Eric Thiébaut.

"Il y a une partie qui fait encore le même travail qu’autrefois avec des missions spécifiques et il y a une partie des missions qui étaient exercées par la protection civile qui a été reprise par les zones de secours. On a perdu énormément de volontaires car les centres sont beaucoup plus loin et ce n’est plus compatible avec la mission de volontaire de faire deux, trois heures de route."

 

 

Sur le terrain, quels sont les problèmes liés au regroupement en 2 grandes zones ?

Pour Eric Thiébaut, la suppression des casernes est problématique car certains sites dangereux ne sont plus "couverts" de manière optimale, c’est le cas de Ghlin, mais c’est vrai aussi pour Bruxelles.

"Il y a donc bien sûr la diminution du personnel, il y a un renvoi de toute une série de missions vers les zones de secours, le financement de ces missions a été du coup été décalé du fédéral vers le communal et le problème c’est surtout l’éloignement par rapport aux sites dangereux, dans le cas de Ghlin, on sait bien qu’il y a des zonings avec des usines à risques, chimiques notamment et l’éloignement par rapport à ces usines est fort important.

Lors des grosses inondations de la mi-juillet, Elio Di Rupo a remis en question cette réforme des services de secours. Selon lui c’était une erreur et cela a eu des conséquences visibles, notamment sur le manque de moyens des pompiers, de l’armée.

Eric Thiébaut confirme : " le problème c’est vraiment le matériel qu’on a perdu, le nombre de volontaires et de professionnels qui travaillaient avant, qui auraient pu être disponibles sous l’ancien système. On aurait pu avoir beaucoup plus de personnes directement disponibles pour aller secourir les gens qui étaient inondés."

Retour d’une caserne à Ghlin ?

Eric Thiébaut plaide du coup pour un retour de la protection civile à Ghlin. C’est un combat qu’il mène au parlement. Pieter de Crem ne l’avait pas exclu, sous le précédent gouvernement, en affaires courantes.

"Ce qui est envisagé c’est le retour d’un poste avancé" précise-t-il d’emblée" et donc pas d’une caserne aussi complète que celle dont on disposait avant, mais il y aurait des équipements, du personnel de garde, c’est pour ça que nous plaidons au parlement."

Joëlle Brouillard, commandante à la protection civile de Crisnée était auparavant à Ghlin. Elle est aussi déléguée CGSP. Ce retour, elle l’espère toujours, mais elle a de sérieux doutes sur la volonté politique d’agir en ce sens.

"Je veux encore y croire, mais plus le temps passe plus ça va être difficile, il faut prendre une décision. Selon mes informations, Ludivine Dedonder demandait une étude tout à fait indépendante et apparemment il faut faire un marché public vu son coût et donc l’étude ne serait pas lancée avant 2022, et quoi on aura les résultats en 2023 ? Et puis on va arriver aux affaires courantes en 2024 ? Elle veut faire le jeu de la N-VA ?"

Eric Thiébaut, cependant veut croire à ce retour à la situation de 2019, pour lui si l’étude a bien lui, elle ne fera que confirmer le besoin de remettre en route des casernes : "je peux confirmer que la ministre s’est engagée pour évaluer la réforme lancée par un prédécesseur, moi je vais mettre la pression au parlement pour que cette étude avance effectivement. Je pense que cette étude va conclure à une nécessité de renforcer la protection civile. Jan Jambon voulait une réforme de l’Etat sans faire une réforme de l’Etat, donc l’idée c’était de réduire au maximum les services fédéraux de manière à vider progressivement tout ce qui concerne le fédéral."

>>Écouter les autres épisodes de "Droit de suite" <<

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