Pollution au PFOS en Flandre : un scandale nocif pour les habitants (et les autorités)

La découverte d’une pollution de grande ampleur dans la région d’Anvers inquiète de nombreux habitants, et suscite dans la foulée de grosses tensions au sein du gouvernement flamand.

L’affaire a été littéralement déterrée il y a près d’un mois, suite à des travaux d’infrastructure de l’Oosterweel, la liaison qui doit boucler le ring d’Anvers. Alors que le nouveau tunnel sous l’Escaut était en train d’être creusé, d’importantes concentrations de PFOS ont été découvertes dans le sol et dans les nappes phréatiques.

Le PFOS est un produit chimique dangereux pour la santé. Il est classé comme perturbateur endocrinien, et peut aussi provoquer des cancers, ou encore des troubles de la croissance. Le PFOS détecté provient de l’usine 3M, située à Zwijndrecht. Il a cessé d’être fabriqué en 2002, mais il a longtemps été entassé dans le sol alors qu’il n’est pas biodégradable. Le problème ne date donc pas d’hier, mais ce n’est qu’aujourd’hui qu’on en mesure l’ampleur.

Prise de mesures préventives

Face à ce danger désormais connu, le gouvernement flamand a énoncé plusieurs mesures préventives. Selon que vous habitiez dans un rayon de 1,5 à 10 km autour du site de 3M, il est désormais déconseillé de consommer l’eau potable, les récoltes de votre potager, la volaille que vous élevez ou encore les œufs de vos poules.

Ces mesures concernent pour le moment quatre communes : Zwijndrecht, Beveren, Kruibeke et Anvers. Elles sont de mise jusqu’aux résultats de nouvelles analyses, et pourraient être renforcées s’il s’avère que la contamination est encore plus importante qu’elle n’apparaît.

Une affaire qui embarrasse les autorités

L’affaire du PFOS a suscité de grosses tensions au sein de la coalition flamande. Il va en effet falloir déterminer les responsabilités de chacun, que ce soit du côté de l’usine 3M ou des autorités. L’OVAM, la société flamande de gestion des déchets, est d’ailleurs elle aussi dans le viseur.

Pour y voir plus clair, la ministre flamande de l’Environnement, Zuhal Demir, a proposé la mise en place d’une commission d’enquête parlementaire. Une démarche surprenante, puisqu’on a rarement vu un ministre en fonction proposer ce genre de commission. Ce qui a également surpris, c’est que Zuhal Demir a procédé en solo. Sa proposition était en effet loin de faire l’unanimité au sein de la majorité, mais aussi au sein de son propre parti, la N-VA.

Le débat qui s’en est suivi au Parlement flamand a été particulièrement houleux. Il a malgré tout été décidé que cette commission verra bien le jour. Un vote doit d’ailleurs définitivement l’approuver ce mercredi.


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Répercussions sur l’Oosterweel

L’autre aspect de cette affaire qui tracasse le gouvernement flamand, c’est l’impact que la pollution au PFOS peut avoir sur les travaux de l’Oosterweel.

En Flandre, le bouclage du ring d’Anvers est qualifié de projet du siècle. Il a fallu près de deux décennies pour que tout le monde se mette d’accord pour le lancer. Les autorités flamandes ont en outre investi des sommes astronomiques pour le mettre en place. Maintenant que les travaux ont enfin débuté, la présence de PFOS risque de mettre à mal le projet, ou du moins de provoquer de sérieux ralentissements.

Quelles solutions ?

On l’aura compris, le gouvernement flamand a plutôt intérêt à trouver une solution rapidement. Mais cette solution – si elle existe – ne sera pas évidente à mettre en œuvre. Le PFOS est un produit dont on ne se débarrasse pas facilement.

Lantis, la société mise en place par les autorités flamandes pour gérer les travaux de l’Oosterweel, propose de couvrir la terre polluée avec un matériau imperméable. Il n’y aurait néanmoins aucune certitude de l’efficacité d’une telle démarche.

D’autres solutions sont avancées, comme par exemple déplacer la terre pour la laver ou encore la brûler à 1100 degrés. Mais ces méthodes prennent du temps et coûtent surtout extrêmement cher.

Le prix à payer

Le prix à payer est d’ailleurs un autre point de discussion. Hier, le dossier a connu un nouveau rebondissement. Il est en effet apparu qu’en 2018, l’entreprise 3M et le gestionnaire Lantis avaient conclu un accord juridique établissant qu’aucune des deux entreprises n’engagera de poursuites judiciaires au sujet de cette pollution au PFOS, une pollution dont elles étaient donc bien au courant.

L’accord prévoit aussi une répartition des coûts d’assainissement du terrain : 3M ne devra débourser que 75.000 euros, Lantis et le gouvernement flamand quelque 63 millions d’euros. Une somme qui, selon les experts, ne suffira pas à remédier au problème, mais qui va à coup sûr faire grincer des dents, puisque c’est le contribuable flamand qui en fera les frais.

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