Le piétonnier du centre-ville de Bruxelles : "Aucun parti sérieux ne voudrait remettre 4 bandes de voitures sur le piétonnier", estime Philippe Close

C'est un sujet qui a fait couler beaucoup d’encre ces dernières années, le dossier du piétonnier du centre-ville de Bruxelles. Il y a 6 ans en 2015, le bourgmestre de l’époque Yvan Mayeur ferme les boulevards et veut entamer les travaux… Travaux qui ne débuteront que 2 ans après. Qu’en est-il aujourd’hui ? Les travaux sont-ils terminés ? Quels points positifs ? Et négatifs ?  Philippe Close bourgmestre de la Ville de Bruxelles était l’invité d’Elisabeth Groutars dans le cadre de la séquence "Droit de suite".

 

 

2015 : le piétonnier est né

C’était il y a déjà plus de 6 ans : juin 2015, l’ex-bourgmestre de la Ville de Bruxelles, Yvan Mayeur ferme les boulevards du centre et crée un piétonnier dans le Pentagone.

Un projet ambitieux, très critiqué aussi. Des habitants et des commerçants bruxellois dénoncent une absence totale de concertation. Le projet est modifié plusieurs fois. Au point que ce n’est qu’en 2017, que les travaux commencent réellement.

Le défi est de taille pour Philippe Close, alors fraichement élu nouveau bourgmestre de la Ville de Bruxelles. 

5 ans après, comment régler le sentiment d'insécurité ?

Pour le bourgmestre, il faut bien sûr mettre en place des solutions efficaces et directs, mais selon lui la vraie solution se trouve dans un travail social auprès de la population pour améliorer "l'habitabilité " et la convivialité du lieu.

La sécurité n’est jamais complètement atteinte, et elle ne dépend pas que du travail de la police.

C’est vraiment un travail social à faire également. On a pris des arrêtés concernant la consommation d’alcool dans le piétonnier, mais ce n’est pas pour ça que le problème est résolu. Régler l’insécurité c’est évidemment une affaire de police et de justice, mais il faut une approche sociale. Le piétonnier c’est d’abord une ambition de récupérer de l’espace public, je pense qu’aujourd’hui il n’y a plus aucun parti sérieux qui voudrait remettre 4 bandes de voitures sur le piétonnier. Tous ceux qui l’ont contesté doivent s’accorder pour dire que c’est définitif, par contre il faut continuer à améliorer l’habitabilité des lieux."

Comment rendre le piétonnier attractif ?

La Plateforme Pentagone, qui représente les habitants ou encore les associations du centre-ville, dit  regretter un projet essentiellement touristique. Les habitants n’auraient plus autant de plaisir à se promener dans le centre-ville et se retrouveraient davantage en dehors du piétonnier. Selon l’un de ses porte-parole, Jean-François Dumoulin : "ce piétonnier a été fait pour des raisons commerciales (…) c’est un lieu d’exclusion pour les habitants "

Philippe Close s'oppose à cette vision, pour lui les perspectives d'avenir du lieu sont très encourageantes. Il met en avant la popularité grandissante du centre ville que ce soit pour se loger ou pour installer une entreprise.

" Aujourd’hui on a plein de projets immobiliers, justement avec logements, des immeubles de bureau qui se transforment en logement c’est quand même exceptionnel. Et on a quand même des entreprises qui viennent s’installer, il y a des grosses entreprises qui se sont installées à côté de la place De Brouckère et elles ne l’ont pas fait pour me faire plaisir, c’est parce qu’on a redonné une définition au centre-ville.

Il y aura toujours des gens qui sont contre, c’est normal, ce qui nous parle, c’est le fait qu’il y ait de plus en plus d’habitants dans le centre ville. On doit bien sûr faire attention à la densification urbaine car ça doit rester convivial, raison pour laquelle on dégage l’espace public pour avoir plus d’espace pour respirer, la pandémie nous l’a montrée. (…) le centre ville a la cote et de plus en plus de personnes viennent y habiter."

La voiture bannie du centre-ville ?

Le président de l’association des commerçants du centre Bourse a lui aussi cette impression d’un projet uniquement basé sur le tourisme. Selon lui, beaucoup de commerçants habitués à une clientèle bourgeoise, amatrice d’objets de collections par exemple, voient leurs clients renoncer à se déplacer jusqu’au centre-ville. Principalement pour des raisons de mobilité. 

Philippe Close assume de son côté la hiérachisation qui a été convenue au niveau de la mobilité. Il tempère cependant sur l'aspect économique, pour lui le piétonnier a eu un effet plutôt bénéfique sur une grande partie des commerces.


"Il faut passer le message que la clientèle peut venir en voiture mais qu’elle doit se garer dans un parking.

On ne peut pas laisser la voiture toujours envahir l’espace public.

En plus la voiture n’est pas bannie, on a gardé des grands axes de pénétration pour accéder au centre-ville, on a hiérarchisé la mobilité et dans cette hiérarchie il y a le piéton, le vélo, les transports en commun et puis la voiture. Toutes les villes qui se développent, le font avec les transports en commun. Si on vient en voiture on n’est pas prioritaires,  il y a 1000 places de parking pour compenser cela.

(…) On ne peut pas demander à la fois que les villes soient plus conviviales, plus apaisées, moins pollués et ne pas agir. Créer des autoroutes urbaines on a vu où ça menait,  on en fait alors des villes d’usage, on veut des villes habitables."

 

 

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