Inondations à Chastre : "On investit 3 millions d’euros par an, mais c’est un budget qui ne bouge pas" explique Marc Bastin, député provincial du Brabant Wallon

 

Marc Bastin, député provincial du brabant Wallon, en charge de la lutte contre les inondations dans la province depuis 2013 était l’invité de Florence Dussart dans le cadre de la séquence "Droit de suite", une séquence qui vous propose de faire le point sur l’évolution d’une actualité du passé. Retour dans cet épisode sur la gestion et la prévention des inondations qui ont touché dans une moindre mesure d’autres communes en juin déjà. C’était notamment le cas à Chastre dans le Brabant Wallon au début des années 2000. Les promesses pour régler le problème ont-elles été tenues ?

De 2006 à 2019, quelles évolutions ?

En 2006, les premiers reportages parlent des problèmes d’inondations que connaît la commune de Chastre. Le village est traversé par un cours d’eau : l’Orne qui sort régulièrement de son lit et fait de gros dégâts dans l’un des quartiers du village, Cortil Noirmont. Par ailleurs, dans d’autres quartiers du village, lors de fortes pluies, des coulées de boue venues des champs, des terrains agricoles, envahissent aussi régulièrement les habitants. En 2019, des coulées de boues avaient d’ailleurs eu lieu plusieurs fois d’affilée.

Quelques années plus tard à Chastre, les problèmes d’inondations sont toujours là

En juin dernier, la commune a été encore fortement touchée à la suite de fortes pluies. Le village a connu de nouvelles coulées de boues. L’Orne est sorti de son lit à nouveau, alors qu’une ZEC, une zone d’expansion de crue avait été mise en place par la province du Brabant Wallon en 2019 pouvant stocker près de 11.000 m3 d’eau. Elle n’a pourtant pas permis de protéger les riverains de nouvelles inondations.

Etienne Germeau habite Chastre depuis 2005 et son terrain s’est à nouveau retrouvé sous eau au mois de juin, il témoigne :

"De mémoire je crois qu’on a eu 5 inondations, chaque fois que ça arrive, on a deux semaines où on ne pense plus qu’à ça, on doit tout nettoyer et on a  toujours des pertes non compensées par l’assurance.

Et puis il y a le stress psychologique, on se demande si on va rester dans cette maison alors qu’on a investi.

Après 2016, on a fait des pieds et des mains pour que cette ZEC soit effectivement mise en place. Depuis 2010 je suis sur ce dossier, il a fallu 8 ans pour qu’il soit finalisé, la lenteur de l’administration est à pointer. Maintenant qu’on se rend compte que cette ZEC n’est pas suffisante, j’espère que la province va mettre les bouchées doubles."

Comment se fait-il que Chastre soit toujours si fortement touchée par des inondations et par le débordement de la rivière ?

Pour Marc Bastin, des solutions existent désormais pour lutter contre les inondations à Chastre. Seulement selon lui, les circonstances exceptionnelles de cet été n’ont pas permis de contenir les eaux, malgré les solutions mises en place.

"La gestion des inondations est toujours quelque chose de terriblement compliqué, ici à Chastre on a eu deux orages consécutifs et le bassin de d’orage fait 11.000 m3, mais deux orages consécutifs font que le barrage doit se vider de manière régulière en ouvrant une vanne, ces bassins se vident alors pour pouvoir faire œuvre après. Le problème c’est dès que vous avez deux orages consécutifs ce qui est excessivement rare, la zone n’a pas le temps de se vider et ça provoque des inondations. On va toujours considérer que les bassins sont insuffisants. […]

Seulement, le député provincial précise que le budget actuel alloué à la lutte contre les inondations est un budget fixe et qui ne correspond du coup pas toujours aux besoins et aux réalités du terrain.

" Nous devons créer des bassins d’orages sur l’ensemble de la province, on investit 3 millions d’euros par an et c’est un budget qui ne bouge pas. On ne peut pas se permettre 3 bassins d’orage ici ou là donc on doit faire des choix. Les inondations ce ne sont pas que des débordements. […] Les inondations sont toujours la combinaison de plusieurs événements."
 

Comment travailler de manière plus préventive pour éviter les inondations ?

Selon Marc Bastin, les solutions préventives sont déjà mises en place :

" Il y a un million d’euros consacré tous les ans au curage des cours d’eau. Il y a 400 km de cours d’eau sous responsabilité provinciale, le curage se fait sur base d’une visite annuelle qui est faite auprès de 27 communes. Mais on ne sait pas tous les ans, curer tous les cours d’eau, récurer ce n’est pas toujours la meilleure des solutions, il faut aussi enlever les obstacles dans les cours d’eau. Je peux vous assurer que les mesures préventives sont prises, le budget est là pour le faire."

 

Si la province est compétente pour la lutte contre les inondations, il existe aussi une collaboration avec les communes qui ont leur rôle à jouer notamment pour éviter les coulées de boue venues des terres agricoles. A Chastre, le bourgmestre Thierry Champagne, compte d’ailleurs entamer un dialogue plus proactif avec les agriculteurs. Cependant il reconnaît également un manque d’implication de la commune dans cette problématique qui pénalise les riverains.

" Les agriculteurs travaillent bien, mais c’est clair qu’il y a certaines pratiques, certaines choses que j’ai vues qui sont un peu plus particulières et donc je vais prendre contact et m’entretenir, mais tous les contacts que j’ai déjà avec des agriculteurs pour essayer de trouver des solutions provisoires même pour discuter sur le long terme, la plupart sont ouverts. La meilleure méthode c’est de pouvoir travailler de manière concertée ; on ne peut pas empêcher l’agriculteur de planter ce qu’il veut, mais je pense qu’il faut être attentif à ce que l’un fait à côté de l’autre pour prendre éventuellement des mesures préventives.

Globalement je pense qu’on a manqué de prévoyance, ça fait deux ans et demi qu’on a un nouveau collège, que je suis en place, on pourrait être beaucoup plus loin ici à Chastre, et on est en partie en tord, on aurait pu plus avancer.

Quand on n’a pas d’orage pendant deux ans, je l’admets, on a plus tendance à oublier cet aspect des choses. Il y a une structure à mettre en place pour en parler deux trois fois par an et que ça reste une priorité. "

 

Pour Marc Bastin, la province doit aussi davantage collaborer avec les communes et les agriculteurs. Il pointe également l’expansion des surfaces agricoles, particulièrement en Brabant Wallon.

"Avec les agriculteurs c’est un peu compliqué, ce n’est pas notre niveau de pouvoir. Alors bien sûr les riverains ne se préoccupent pas de niveaux de pouvoir. Au niveau des surfaces agricoles avant vous aviez des petites surfaces avec des haies, on doit aujourd’hui, c’est le paradoxe total, recréer des haies artificielles et la province y consacre un budget. Aujourd’hui la moyenne des surfaces agricoles c’est 30 à 35 hectares. En Brabant Wallon c’est 62 hectares, donc évidemment quand il y a des surfaces cultivées qui ne sont pas encore à maturité, alors évidemment là où l’eau tombe ça fait des coulées de boue."

 

 

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