Conservatoire Royal à Bruxelles : la rénovation débutera en 2024

Le Conservatoire Royal est dans une situation de plus en plus dramatique mais ses défenseurs semblent voir le bout du tunnel. Stéphanie Lepage a interrogé le secrétaire d’Etat en charge de la Régie des bâtiments, Mathieu Michel, dans le cadre de la séquence "Droit de Suite" de Matin Première.

Logé entre le Palais de Justice et la place Royale, le Conservatoire Royal est le lieu où l’on enseigne la musique à des étudiants belges ou venus du monde entier. L’enseignement y est de grande qualité, très réputé. Seulement voilà, depuis les années 2000 le Conservatoire, classé monument historique dans son intégralité, n’a cessé de se délabrer. Rendant une partie du bâtiment aujourd’hui inaccessible, car trop dangereuse. En 2012, déjà on en parlait de l’urgence de rénover le Conservatoire.

10 ans après, la rénovation se fait toujours attendre

La complexité institutionnelle belge a sans doute joué pour beaucoup. Les bâtiments du Conservatoire Royal de Bruxelles appartiennent à l’Etat belge, et sont gérés par la Régie des bâtiments. Mais ils sont occupés par les communautés et les deux écoles supérieures d’enseignement musical. Pendant des années le fédéral et les communautés vont se renvoyer la balle ou plutôt la facture.

Il faudra attendre la création d’une société anonyme, rassemblant ces trois acteurs publics pour qu’un projet de rénovation puisse enfin se concrétiser. Aujourd’hui, il semble enfin sur des rails. Les plans ont été dévoilés, les travaux devraient commencer en 2024.

En attendant, le Conservatoire continue de dispenser ses cours dans des conditions ubuesques, entre locaux condamnés et plafonds qui menacent de s’effondrer. Frédéric de Roos, le directeur du Conservatoire, est aux premières loges du délabrement :

Le bâtiment est dans un état lamentable et cela ne s’arrange pas. Les pluies récentes ont fait augmenter la taille des trous. Cela devient dramatique.
 

Mais après beaucoup de travail, les choses évoluent, et une lueur d’espoir apparaît : "Avec l’asbl Conservamus qu’on a fondé il y a maintenant douze ans, on a réussi à se faire entendre du monde politique et conscientisé le grand public. Enfin nous avons obtenu la certitude absolue que les travaux vont se faire et seront intégralement financés. Surtout c’est un projet magnifique qui conserve le bâtiment qui est intégralement classé et dans lequel on a fait rentrer des pièces contemporaines qui seront à la pointe de l’équipement et de l’acoustique. C’est une belle promesse."

Le rapport finalisé cette année

Mathieu Michel est le secrétaire d’Etat (MR) en charge de la Régie des bâtiments, qui est le gestionnaire immobilier de l’Etat belge. Pour lui, il ne s’agit plus de promesse puisque les décisions sont prises : "Les décisions ont eu pour but de réunir les fonds disponibles pour les travaux, près de 75 millions d’euros. Le fédéral, la Fédération Wallonie-Bruxelles et la Flandre fournissent 20 millions d’euros chacun, et 15 millions sont ajoutés par Beliris (ndlr : un organisme fédéral qui collabore avec la Région Bruxelles-Capitale et qui va d’ailleurs mener la rénovation)."

Les travaux ne commenceront pas avant 2024 et la procédure ne semble pas pouvoir être accélérée. "Il faut d’abord réaliser l’ensemble des études, se justifie le secrétaire d’Etat. Cela aurait pu arriver plus vite mais le projet va aboutir et c’est le plus important."

La lasagne institutionnelle, ce récidiviste

La complexité de nos institutions que l’on qualifie souvent de "lasagne institutionnelle", rend ce genre de décision à plusieurs très compliquée. Pour Mathieu Michel, il fallait surtout de la coordination et faire le premier pas : "Une fois le dossier sur mon bureau, j’ai identifié qu’il fallait qu’on fasse l’effort, et on a mis directement les 20 millions d’euros sur la table. Tout le monde a suivi."

Des travaux vitaux pour les musées royaux

Le directeur des musées royaux des Beaux-Arts, Michel Draguet, rappelle qu’eux aussi ont besoin d’une rénovation :

C’est primordial parce que le patrimoine est en danger. Nous n’avons eu aucune œuvre endommagée jusqu’à présent, mais c’est principalement dû à la qualité d’intervention du personnel qui agit 24 heures sur 24. Mais nous perdons régulièrement des membres de l’effectif, nous risquons donc de plus en plus un accident. Les travaux de rénovation sont vitaux pour le musée.


Le secrétaire d’Etat entend l’appel à l’aide et précise qu’il travaille sur l’essentiel selon lui, à savoir les toitures, avec un investissement de 8 millions d’euros ces dernières années. "Et j’envisage d’investir plus de 20 millions d’euros d’ici 2030 toujours dans les toitures."

Le plus symbolique des bâtiments en travaux est peut-être le Palais de justice. Une stagnation qui doit cesser pour Mathieu Michel : "On n’imagine pas l’Arc de Triomphe à Paris sous échafaudages pendant 40 ans, donc non on n’accepte pas ça et on enlève une fois pour toutes les échafaudages. Mais si on veut les retirer, il faut refaire les façades puisque les échafaudages sont là pour prévenir de la chute de pierre. J’espère qu’on pourra commencer à en retirer début 2024 sur la façade Poelaert ainsi que le socle. Cela permettrait de dégager la vue sur ce que j’appelle "l’allée de la démocratie" et de lui rendre sa splendeur."

La Régie des Bâtiments, gère neuf cent soixante complexes publics : Palais de justice, prisons, musées, casernes, bureaux, Palais royal, etc. Soit près de 6,8 millions de mètres carrés à gérer.

 

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