Une pédiatre a rencontré les enfants enfermés au centre 127bis

Une pédiatre a rencontré les enfants enfermés au centre 127bis
Une pédiatre a rencontré les enfants enfermés au centre 127bis - © Tous droits réservés

On en parle depuis quelques jours : une famille composée de quatre enfants est actuellement en détention au centre fermé de Steenokkerzeel. Plusieurs associations ont lancé un recours devant le Conseil d’Etat pour dénoncer cette situation, rendue possible par un récent arrêté royal. Au-delà des démarches juridiques, Eddy Caekelberghs s’est penché sur le cas de ces enfants. Dans Au bout du jour, il a invité la pédiatre qui a rencontré les enfants.

C’est à la demande des avocats des familles, qui s’inquiétaient de leur état de santé et de leur état psychologique, que la pédiatre Paulette De Baecker s’est rendue au centre de Steenokkerzeel pour y rencontrer les enfants qui y "séjournent".

Tout d’abord, quelles ont été vos premières constatations ?

P. De Baecker : J’ai observé ce qu’on s’attend à retrouver chez les enfants qui vivent ce genre de situations. On retrouve les stigmates du stress post-traumatique. Ils ont vécu un traumatisme, qui commence avec l’arrestation de leur famille. A partir de là, il y a un panel de symptômes très variables. Beaucoup ont du mal à gérer ce traumatisme, et les parents ne sont pas très disponibles pour gérer ça car ils sont eux-mêmes dans une situation très difficile. Cet état de stress intervertit à leur développement, ça c’est sûr.

Quelles sont les conséquences directes qu’on peut observer dans leur comportement ?

P. De Baecker : La première conséquence, c’est la perte de confiance en soi et en l’être adulte. Et puis, selon les enfants, ils vont aller vers un état d’hypoactivité, c’est ce qu’on voit surtout chez les plus grand. On peut également voir des problèmes de concentration se développer.

Cela risque-t-il d’avoir un impact sur le développement de l’enfant après son séjour en centre fermé ?

P. De Baecker : Oui. On sait tous que pour pouvoir apprendre, il faut être en condition de sécurité. Or dans cette situation, ce n’est pas le cas. Du coup, ça peut impacter leur scolarité sur le court terme, mais aussi sur le long terme, car c’est dû à la perte de confiance dont je vous parlais. Cela peut engendrer des troubles de l’apprentissage sur le terme. Le soutien psychologique est très important pour ces enfants. Les renvoyer vers un lieu où ils n’y ont pas accès, ce n’est pas les respecter.

Est-ce que quelque chose vous a particulièrement interpellé en voyant les conditions de vie de ces enfants ?

P. De Baecker : Je dirais que le vide n’est pas le plus interpellant. Il y a pas mal d’intervenants qui sont présents, ils sont fort encadrés. Il y a aussi beaucoup d’avions, puisqu’on se situe juste à côté des pistes d’atterrissage. Et là je dirais que c’est très malsain, car l’avion est l’outil du rapatriement. Ils vivent donc nuit et jour avec le bruit du rappel de ce rapatriement qui leur pend au nez.

Que pensez-vous de l’idée de sortir des enfants de ces centres, pour qu’ils évitent le traumatisme de l’enfermement, mais qu’ils soient par conséquent séparés de leurs parents ?

P. De Baecker : Ca aggraverait la situation. C’est un domaine dans lequel il y a déjà des études qui ont été faites, car d’autres pays ont déjà appliqué l’enfermement des familles et ont ensuite renoncé, comme l’Angleterre ou le Canada. On sait qu’arracher des enfants à leur famille, entre la barrière de la langue, ou le changement d’habitude de vie, ne doit être appliqué en dernier recours.

Dans ce cas-ci, on n’a pour l’instant aucune raison de mettre en doute les qualités de parents, et leur capacité à prendre soin de leurs enfants. Je pense que les séparer serait rajouter un traumatisme.

Pour réécouter l'intégralité de cet entretien:

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