Abus sexuel dans le sport : le témoignage d'une basketteuse victime de son coach

Aurélie Pankowiak a 15 ans quand elle est abusée sexuellement par son coach sportif. Elle vit alors trois ans de calvaire avant d’oser dénoncer son agresseur, et de porter plainte contre lui. Aujourd’hui, à 29 ans, elle a écrit son histoire sur un site internet. Pour elle, c’est entre autres une manière d’attirer l’attention sur les abus dans le milieu sportif, qui sont encore très tabou.

Très jeune, Aurélie Pankowiak a commencé le basket, dans un petit club de la région parisienne. A l’âge de 15 ans, elle est montée dans l’équipe des cadettes : "C’est à ce moment que j’ai rencontré mon nouveau coach. Et ce coach a commencé à me parler en dehors des entrainements, sur msn messenger, puis à m’emmener dans les toilettes du gymnase, et dans la loge du gardien. Il me prenait dans ses bras, me faisait des caresses. C’est assez répugnant d’y penser maintenant, mais à l’époque je ne comprenais rien à ce qu’il se passait".

Dans les mois qui suivirent, le coach d’Aurélie alla de plus en plus loin, jusqu’à l’abus sexuel : "Il y a eu un épisode dans la forêt. Il m’a emmené en juin 2005, et m’a abusé sexuellement au milieu d’un chemin de forêt. C’était, entre guillemets, ma première expérience sexuelle. Je n’ai pas compris ce qui m’arrivait. Je n’ai qu’un flash de ce moment aujourd’hui, je ne me souviens pas des détails. Mais à partir de là, ça a été l’enfer pendant trois ans". Trois ans où l’agresseur sexuel d’Aurélie était toujours son coach : "Il m’a transformé en objet sexuel. A chaque fois qu’il me demandait de le rejoindre quelque part, on avait des relations sexuelles, et c’était tout".

Le procès, et l’explosion post-traumatique

Cela s’est arrêté alors qu’Aurélie avait 19 ans. Elle a appris, par une amie, que son coach avait tenté d’approcher une ancienne de ses coéquipières : "A ce moment, j’étais enfermée, je souffrais et j’avais besoin de quelque chose pour me sortir du silence. Et d’avoir entendu cela, ça m’a fait un choc. Et je me suis dit que c’était le moment". Elle lui donne alors rendez-vous au gymnase, et le met devant le fait accompli. Il a tout nié en bloc, et s’est énervé. Elle ne le reverra pas avant la confrontation : "Comme j’ai porté plainte, la police a procédé à une confrontation. Et puis, il y a eu le procès. Il a été jugé coupable en 2010 des faits mais pas de viol, et a été condamné à 4 mois d’emprisonnement avec sursis. Moi, j’ai eu 700 euros de dommages et intérêts. Après ça, j’ai mis l’affaire de côté dans ma tête pendant 10 ans, jusqu’à explosion post-traumatique il y a deux ans".

Les gens se demandent : "Comment n’a-t-elle pas pu dire stop plus tôt ?"

Aujourd’hui, l’ancienne basketteuse a encore des difficultés à parler de cet épisode de sa vie. Il suscite souvent de nombreuses questions, et elle en est consciente : "Je pense que beaucoup de personnes doivent se demander comment j’ai pu continuer sans pouvoir dire non, et pendant trois ans… Mais ce n’est pas un seul évènement. C’est tout une manipulation psychologique qui contraint l’enfant puis l’adolescent à ne pas savoir ce qu’il se passe. Et donc, à n’avoir aucune capacité de consentir".

Elle explique quand elle en parle, elle est mal à l’aise, et elle se coupe émotionnellement : "C’est dur de dire ce que je ressens quand j’en parle, car quand je le fais, je reviens dans ce mode de protection où je coupe toutes mes émotions. J’en parle comme à distance. Alors je sais que c’est mon histoire, que c’est ma vie. Mais émotionnellement, je suis un peu coupée de ça".

Alors si elle décide malgré tout d’en parler, et de témoigner, c’est avant tout pour sensibiliser : "C’est pour dire que ça existe. Moi, le mouvement #metoo m’a beaucoup aidée. On se dit qu’on n’est pas la seule. Mais dans le milieu du sport, c’est tabou. En France, ça commence doucement mais sûrement à se délier. J’ai l’espoir que ça puisse aider à dénoncer ce qui se passe au niveau local".

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