Zone 30 à Schaerbeek : "Ce n'est pas parce qu'on diminue la vitesse qu'on diminue la capacité de voirie"

Bruxelles, congestionnée. Bruxelles, ville la plus embouteillée d’Europe. Ces qualificatifs donnés à notre capitale ne sont pas neufs. Pourtant les communes bruxelloises prennent des initiatives. Certaines d’entre elles passent en zone 30. Dernière commune en date : Schaerbeek. Est-ce LA solution ? Soir Première en débat avec Denis Grimberghs, l’échevin de la mobilité de Schaerbeek, et Céline Brandeleer, chercheuse pour l’Observatoire de la Mobilité de la Région de Bruxelles-Capitale.

A l’origine de la décision schaerbeekoise, une volonté de lisibilité. Comme l’explique Denis Grimberghs, une grande partie du territoire de la commune était déjà en zone 30. "Il y avait la volonté de l’augmenter encore. A ce moment-là, la seule façon de communiquer de manière lisible, c’est de dire que le 30km/h devenait la règle, et le 50km/h l’exception. C’est plus clair pour le citoyen", affirme-t-il.

Céline Brandeleer est tout à fait d’accord sur ce point. Et ce qui est intéressant, selon elle, c’est que la proposition est de tout mettre en zone 30 par défaut : "On est un peu dans un renversement de paradigme du système de vitesse. C’est un mouvement qu’on voit à Bruxelles depuis plusieurs années. On était au tout à l’automobile dans les années 60, mais on est plus du tout dans cette optique aujourd’hui".

Quels effets directs et indirects ?

Comme Céline Brandeleer l’explique, les principaux effets visibles peuvent être traduits en accidentologie : "Les vitesses de freinage sont beaucoup moins importantes à 30km/h, et les accidents sont moins mortels. Et puis, pour les cyclistes, c’est beaucoup moins pénible de se faire dépasser par une voiture à 30 à l’heure que par une voiture qui fait du 50".

Cela dit, il y a aussi des effets qui se voient moins : "Diminuer la zone à trente, ce n’est pas seulement diminuer la vitesse, dit encore Céline Brandeleer. Les effets sont multiples : en termes de bruit, en termes de pollution… Il y a aussi le fait que cela rend la zone plus agréable".

Enfin, le dernier effet indirect avancé par Céline Brandeleer, est la fluidification du trafic. Car en termes de trafic, elle veut distinguer vitesse et capacité de la voirie : "Ce n’est pas parce qu’on diminue la vitesse qu’on va diminuer la capacité de la voirie, et donc la congestion. On peut même avoir un effet de fluidification du trafic avec une diminution de la vitesse. Et là l’automobiliste en sort gagnant".

Les sanctions : inévitables ?

Certains diront que ce n’est pas la limitation de vitesse qui empêchera les automobilistes de faire du 50km/h dans les zones 30. Dès lors, la sanction est-elle nécessaire ? Pour Denis Grimberghs, oui. Elle doit faire partie du contrôle, mais la prévention a également un rôle à jouer : "On va mettre en place des radars préventifs, pour que les gens puissent se rendre compte que la vitesse à laquelle ils roulent n’est pas conforme à la vitesse autorisée. Et puis, il faudra forcément du contrôle. On parle beaucoup d’aménagement physique, mais pour ça Schaerbeek est déjà loin. A un moment donné, ils ne suffisent pas. C’est pour ça qu’il faut aussi du contrôle".

Pourquoi pas un accord entre les communes bruxelloises ?

On pourrait légitimement se demander s’il ne serait pas plus facile, avant tout pour les automobilistes, que les communes se concertent pour opter pour une stratégie commune ? La demande a été plusieurs fois sur la table, mais pour Denis Grimberghs, ce n’est pas si facile : "Ce serait souhaitable. Mais il faut prendre en considération que toute la région bruxelloise n’est pas densément peuplée comme Schaerbeek ou Ixelles, ou le centre-ville. Ce n’est pas par hasard si ce sont elles qui sont le plus confrontées aux problèmes de sécurité routière…"

A chaque commune donc de tester le dispositif qui lui parait le plus adéquat.

Reportage sur les nouvelles zones 30 en région bruxelloise (JT 13h):

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