Vers une confrontation directe entre la Turquie et la Syrie ?

Depuis plus d’un mois, la ville d’Afrin, situé dans le nord de la Syrie et dirigée par les milices kurdes du YPG, fait l’objet d’une offensive de l’armée turque. Et ce mardi 20 février, des milices pro-gouvernementales syriennes (pro Bachar Al-Assad) entrent en jeu pour soutenir les milices kurdes. Cela veut-il dire qu’une situation de guerre est possible entre la Turquie et la Syrie ? Dans Soir Première, Arnaud Ruyssen a posé à la question à Thomas Pierret, chercheur au CNRS et spécialiste de la Syrie.

La Turquie et la Syrie sont-elles en guerre ?

Pas encore, et ce pour deux raisons.

"Premièrement, on ne connaît pas encore la réaction de la Turquie à cette entrée en scène des milices pro-régime syrien. Elle peut s’y opposer, mais elle pourrait aussi essayer de conclure une sorte de deal avec la Russie, et donc par extension avec le régime syrien. Elle pourrait ainsi s’assurer que les forces pro-régime mettent un terme à l’administration de la région par les kurdes du YPG.

Deuxièmement, on ne peut pas parler d’une confrontation directe entre deux pays, car les forces envoyées par Damas ne proviennent pas de l’armée officielle. Ce sont les forces de défense locales, c’est à dire une milice pro-iranienne directement contrôlée par l’Iran mais proche du régime, qui ont été envoyées en éclaireur. Une précaution prise par Damas, car si la situation tournait mal, on ne serait pas dans un scénario de confrontation directe entre la Turquie et l’Etat syrien".

La Turquie pourrait-elle tirer la situation à son avantage ?

En théorie, elle pourrait essayer. Elle pourrait tenter de profiter de la reprise en main du régime de Damas qui casserait l’arc kurde aux frontières de la Turquie. Le problème, c’est la mise en pratique. Dans le passé, on a vu des arrangements de ce type qui étaient une sorte de déguisement d’éléments armés pro-kurdes. On avait l'impression que le régime de Bacher Al-Assad avait repris le contrôle. Mais dans les faits sur le terrain, les kurdes continuaient d'avoir la mainmise sur l'administration. Et ça c’est un scénario que la Turquie rejetterait".

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