Transition écologique : qui va payer?

Depuis quelques temps, le principe de lutter contre le réchauffement climatique ne fait plus vraiment débat. En revanche, le choix des mesures à prendre fait lui couler beaucoup d’encre. Le match s'installe en particulier entre Ecolo et le MR… Ecolo avance des propositions, mais le MR lui reproche régulièrement de ne pas dire comment ces mesures vont-être financées. Alors, qui va payer ? Soir Première a invité Philippe Lamberts (Ecolo) député européen, et Georges-Louis Bouchez, délégué général du MR à en débattre.

Pour les écolos, la lutte contre le réchauffement climatique ne doit plus être un choix mais une obligation. Philippe Lamberts est catégorique, la question d’urgence climatique amène à un sursaut : "En 1940, Winston Churchill ne s’est pas demandé s’il pouvait se payer la guerre contre le nazisme. C’était une urgence vitale, et il fallait le faire coûte que coûte. Il faut savoir que les dettes de guerre ont fini d’être remboursées en 2008. Pour le changement climatique, on est devant un problème du même ordre. C’est urgence vitale, il n’est pas question de se demander si on sait le payer ou pas. On va devoir le faire".

Sur ce point, Georges-Louis Bouchez le rejoint mais se montre plus nuancé : "C’est sûr qu’on doit le faire, mais il ne faut pas le faire n’importe comment. Il faut veiller à garder une solidarité, et une compétitivité économique".

Quelles mesures prendre ?

La vraie question est donc de savoir où trouver l’argent. Et pour l’écologiste, il est clair qu’il faut des réorientations dans les choix des investissements : " Pour l’économie fossile, le gros de la dépense, c’est le carburant. Il s’agit donc de dépenses en régime. Pour l’économie verte, le gros de la dépense, c’est l’investissement dans l’équipement de base. Le modèle de dépense n’est pas le même, et donc pour sortir du fossile, il va falloir mettre le paquet sur cet investissement en équipement".

Il pointe aussi la responsabilité des banques. Pour lui, il faut réorienter les prêts vers la transition : "De 2015 à 2018, la BCE a prêté de l’argent à taux zéro à hauteur de 80 milliards par mois. Le problème, et c’était scandaleux, c’est qu’elle a fait confiance au secteur financier pour savoir où les placer. Résultat : il a servi à financer des bulles immobilières et des bulles sur les marchés d’actions. C’était insensé. Il faut réorienter ce processus vers la transition. Et les prêts seront mieux remboursés car ils créent des activités utiles".

Du côté du MR, Georges-Louis Bouchez explique que certaines mesures peuvent être prises concernant le secteur aérien : "Aujourd’hui, il n’y a pas de taxation sur le kérosène. Le carburant est peu cher. Or le transport aérien représente 3% du CO2 au niveau européen. Donc au MR, on veut proposer une taxation du kérosène, mais qui se fasse au niveau européen. Au niveau belge, on sera très vite limité".

Beaucoup de responsabilité sur l’Europe

Au vu de la proposition de Georges-Louis Bouchez, il faut rappeler certaines spécificités du fonctionnement de l’Union européenne. Pour les questions de fiscalités et de taxation, les mesures se prennent à l’unanimité. Renvoyer la responsabilité vers l’Europe serait-elle dès lors  une façon de ne pas avancer ? Le député Philippe Lamberts admet que ce fonctionnement rend souvent la négociation difficile, mais des solutions alternatives sont possibles : "On peut créer de la coopération renforcée. Des coalitions d’Etats volontaires peuvent se former, et je pense que c’est ce qu’il faudra faire…".

 

 

 

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