"Toute notre culture est empreinte de colonialité"

La Belgique doit-elle s’excuser pour la colonisation ? Un groupe d’experts des Nations Unies sur les personnes d’origine africaine a présenté un rapport après une semaine de mission d’observation en Belgique. Les cinq experts recommandent notamment au gouvernement belge de présenter ses excuses pour les crimes commis durant la colonisation. Notre pays doit-il suivre cet avis ? Mireille Tsheusi Robert, chercheuse associative et formatrice sur les questions de diversité et de genre et présidente de Bamko asbl (Comité féminin de veille antiraciste) et Pierre-Luc Plasman, docteur en histoire et collaborateur de l’institut sciences-politiques Louvain-Europe, étaient invités dans Soir Première pour en débattre.

Selon cette commission d’experts de l’ONU, il y aurait un mur du silence en Belgique concernant son passé colonial. Pour qu’une réconciliation soit possible, elle préconise que notre pays s’excuse. Mireille Tsheusi Robert rejoint cette recommandation, mais pense que cet acte ne doit être qu’un début : "D’abord, je dois dire qu’on aurait dû laver notre linge sale depuis longtemps. Et puis, des excuses ne doivent pas être une façon de se débarrasser du problème rapidement. Ce qu’il faut, c’est s’engager dans un processus de réhabilitation de ceux qui ont commis la colonisation".

"La colonisation des esprits"

Selon elle, des excuses sont donc indispensables, mais doivent être considérées comme un premier pas : "S’excuser n’empêchera pas les employeurs de refuser d’embaucher des congolais, ni les propriétaires de le refuser la location d’un logement. D’ailleurs, nos espaces publics, nos médias, notre enseignement… Bref, toute notre culture est empreinte de colonialité. Nous n’avons jamais entrepris un vaste processus de décolonisation des mentalités".

De son côté, Pierre-Luc Plasman se montre plus dubitatif par rapport aux recommandations des experts de l’ONU : "Un travail d’excuse a déjà été entrepris depuis les années 2000. Et par ailleurs, il existe d’autres études qui montrent justement que l’antipathie pour Léopold II est beaucoup plus importante chez les jeunes que chez les personnes âgées. Donc globalement, la représentation du passé colonial est négative".

Cela dit, il admet qu’il peut exister des préjugés par rapport aux afro-descendants. Seulement, il n’y aurait pas de lien établi entre ces discriminations et un passé colonial : "Je pense que ces préjugés, au contraire, proviennent principalement de l’actualité. L’expérience coloniale belge est méconnue, voire complètement dissipée dans la mémoire collective en Belgique". 

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