Sommet des deux Corées: une victoire pour la Corée du Nord?

La Corée du Nord a-t-elle obtenu ce qu’elle voulait ?
La Corée du Nord a-t-elle obtenu ce qu’elle voulait ? - © KOREA SUMMIT PRESS POOL - AFP

Il était 9h30 ce vendredi quand Kim Jong-Un a franchi la ligne de démarcation entre les deux Corées. Il était le premier dirigeant nord-coréen à fouler le sol du Sud depuis la guerre de Corée. Les deux hommes ont voulu montrer et exhiber le rapprochement entre les deux pays. Mais faut-il lire entre les lignes ? Arnaud Ruyssen a posé la question à Bruno Hellendorff, chercheur à l’Institut Egmont, et spécialiste en matière de sécurité .

Arnaud Ruyssen : Le changement de ton a été rapide. Pour vous qui suivez spécifiquement ce dossier, ça a aussi été une surprise ?

Bruno Hellendorff : Personne ne s’y attendait, du moins si on se base sur l’histoire de l’année 2017. On n’imaginait pas cette ouverture en catimini de Kim Jong-Un vers la Corée du Sud. Et je pense que tout le mérite en revient, pour partie, à la Corée du Sud. Mais il faut quand même se poser la question dans quelle mesure ce n’est pas la Corée du Nord qui a obtenu ce qu’elle voulait.

 

Comment ça, ce qu’elle voulait ?

B.H. : L’enjeu pour elle, c’est de consolider son statut de puissance nucléaire. Et là aujourd’hui, ce dont il est question, c’est une série d’avancées tout à fait tangibles, et il ne faut pas les minimiser. Mais néanmoins, pour la Corée du Nord, la dénucléarisation ça a longtemps été un concept par lequel on s’engage surtout à discuter d’une diminution progressive des tensions nucléaires dans la région. Donc si ils disent " On va mettre en place un calendrier et conditionner le retrait de nos armes nucléaires au retarit des armes nucléaires américaines ", on va voir que les belles déclarations de principe qu’on a aujourd’hui vont devenir beaucoup plus difficile quand il faudra les appliquer. Et surtout, ça va nous emmener dans une négociation de la durée. C’est le risque si on s’emballe un peu trop aujourd’hui, parce qu’on ne sait pas vers où on va.

 

Parler d’une dénucléarisation, c’est acter que la Corée est maintenant une puissance nucléaire ?

B.H.: C’est de facto acté aujourd’hui. Parce qu’il y a un sommet avec le président sud-coréen, avec le président américain... Et on bien parle de dénucléarisation, et plus de non-prolifération. Donc même si ce n’est pas acté au niveau du droit international, c’est bien une négociation vers le retrait progressif de cette arme nucléaire. Un retrait qui constitue un objectif et plus une condition aux discussions. Et c’est là où se trouve tout l’enjeu. Il ne faut pas minimiser les avancées qu’on constate aujourd’hui, mais il faut rester prudent.

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