Retour sur la lune: une nouvelle course stratégique?

Retour sur la lune : une nouvelle course stratégique?
Retour sur la lune : une nouvelle course stratégique? - © BRUNO FAHY - BELGA

L’administration Trump l’a répété plusieurs fois : elle veut envoyer des hommes sur la lune d’ici 2024. Un message pourtant différent émane de la Nasa, qui table plutôt sur 2028. Alors pourquoi cette volonté de remettre au plus vite le pied sur la planète blanche ? Quels sont les enjeux politiques, économiques et scientifiques qui tournent autour de la conquête de la lune ? Soir Première a posé la question à Emmanuel Jehin, astrophysicien de l’Université de Liège.

On peut tout d’abord se demander… Pourquoi n’est-on pas encore retourné sur la lune ? Emmanuel Jehin avance plusieurs raisons : « Il faut se rendre compte que l’espace est un milieu inhospitalier. Et puis, ça coûte extrêmement cher d’envoyer des missions dans l’espace. Il y avait, lors de la conquête de la lune dans les années 60, une compétition très forte entre la Russie et les Etats-Unis. C’était à qui serait le premier sur la lune. Mais une fois que la démonstration de force a été faite, on est passé dans une autre période au niveau de la conquête spatiale. Et en effet, on n’est plus retourné sur la lune parce qu’on y voyait plus un intérêt direct. Et puis surtout, cela coûte énormément d’argent ».

« Une nouvelle démonstration de force entre la Chine et les Etats-Unis »

Un intérêt s’est pourtant ravivé ces dernières années. Et l’astrophysicien l’explique par une nouvelle démonstration de force, cette fois entre les Etats-Unis et la Chine : « On se retrouve devant une nouvelle démonstration de force, avec l’entrée en jeu de la Chine. Récemment, la Chine a posé un module sur la face cachée de la lune. Et quand on voit la forme de ce module, on se dit que les chinois pourront bientôt mettre quelqu’un dedans. Personnellement, je pense que les Américains sentent la menace, et qu’il y a un mouvement stratégique qui est en train de s’opérer pour un retour sur la lune ».

Dans une optique de futur, il rappelle également qu’avoir une présence sur la lune pourrait s’avérer très intéressant : « La lune est encore un territoire inconquis. Donc finalement, les premiers qui iront y placer une base permanente pourront probablement y rester, et prendre possession de ce terrain ».

Des ressources naturelles énormes

Outre la dimension territoriale, l’aspect économique est à prendre également en considération : « Il y a beaucoup de discussions sur une utilisation économique des ressources naturelles de la lune », confirme Emmanuel Jehin. « Elles sont énormes, notamment en ce qui concerne l’énergie du futur que sont les centrales nucléaires à fusion nucléaire. La lune regorge d’hélium 3, qu’on ne trouve pas sur terre, et qui est un combustible nécessaire pour ce style de centrale à énergie propre ».

Comprenant ces enjeux, on imagine mieux pourquoi Donald Trump veut accélérer le retour sur la lune… Il voudrait qu’il se réalise dans 5 ans. Une volonté irréaliste selon l’astrophysicien : « C’est évidemment facile à dire pour les politiciens. Mais cette annonce me semble irréaliste, notamment parce que la NASA n’a pas encore fait de demande aux industries pour construire un module d’atterrissage sur la lune. Les plans projettent plutôt d’y retourner dans les dix ans. Cela dit, la pression monte fortement sur la NASA, qui a pris du retard dans la réalisation du lanceur, de la fusée qui permettra d’envoyer la nouvelle capsule, dont la conception a également pris du retard. Technologiquement, ce n’est pas facile, et c’est très dangereux. Je crois que la NASA est toujours traumatisée par la perte de ses 14 astronautes suite à des explosions dans les années 80. Elle a donc pris très peu de risque ces dernières années, ce qui lui est aujourd’hui reproché ».

Aller sur Mars, du coup, ce sera pour après ?

Si les grandes puissances mondiales remettent la lune dans le viseur, peut-on en déduire que la conquête de Mars en sera reportée ? « Non, je ne pense pas, répond Emmanuel Jehin. Je crois qu’il est même nécessaire de retourner sur la lune avant d’aller sur Mars. Il faut pouvoir utiliser la matière qui est sur la lune, et s’en servir de base d’exploration pour le futur. Et ce sera bien utile en vue d’une mission martienne, et même en vue d’autres explorations dans le système solaire. C’est plus facile de lancer un lanceur depuis la lune ».

Il pense en revanche que les délais actuellement espérés seront difficiles à tenir.

 

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