Réélection d'Erdogan: "Le nationalisme a gagné les élections"

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La réélection de Recep Tayyip Erdogan en Turquie n’a pas vraiment été une surprise. Mais le score réalisé par son seul réel opposant, Muharrem Ince, a lui été surprenant. Comment décrypter les résultats de ces élections ? Et comment envisager maintenant l’avenir du pays ? Soir Première a posé la question à Seda Gürkan, professeure à l’ULb et spécialiste de la Turquie.

Comme le rappelle Seda Gürkan, Muharrem Ince et son parti social-démocrate ont remporté plus de 30% des voix : "On ne s’y attendait pas du tout, témoigne-t-elle. Le 18 avril dernier, quand Erdogan a annoncé les élections anticipées, on connaissait Ince, mais on ne l’envisageait pas comme leader de l’opposition. Mais finalement, les opposants se sont bien unis, en moins de 70 jours. Ils ont su adopter un discours qui n’était plus seulement réactif à ce que disait Erdogan. Ince est jeune, dynamique, souriant. C’est un bon orateur, qui donne de l’espoir au peuple. Il a promis la réconciliation, et un retour à un système parlementaire".

"Le nationalisme a gagné les élections"

A part le parti d’Erdogan, qui a gagné quelque chose dans ces élections ? Pour Seda Gürkan, c’est clairement le nationalisme qui l’a emporté : 

"S’il y a un mot clé pour analyser les élections d’hier en Turquie, c’est le nationalisme ", explique la chercheuse. " Le nationalisme a gagné en Turquie. Premièrement parce que le discours d’Erdogan était très nationaliste. Mais son allié, le parti nationaliste MHP, a aussi remporté plus de 10% des voix. Tout comme un autre parti nationaliste qui était une fraction du MHP, qui a aussi eu 10%. Il y a donc un bloc nationaliste au Parlement turc".

Erdogan, président de tous les turcs ?

Elu, mais pas de façon écrasante, le président va-t-il entendre l’opposition, et être le président de tous les turcs ? Lors de son premier discours après le scrutin, il a affirmé qu’il retirait les leçons de cette élection. Mais dans les faits, qu’en sera-t-il ? Selon Seda Gürkan, le deuxième mot clé qu’on peut ressortir suite à ces élections, c’est la fragmentation : "Fragmentation au sein de la société. Erdogan a bien gagné les élections, et il les gagne depuis 2002, mais cette fois-ci cela n’a pas été facile. Il n’a remporté que 52,5% des voix. Aujourd’hui, avec cette population turque très fragmentée, on ne sait pas si Erdogan sera capable, en tant que président, de rassembler et réconcilier les divisions dans la société. Dans son premier discours, il a dit qu’il retirait les leçons de cette élection. Mais dans les faits, ça reste un point d’interrogation".

Pas de réchauffement avec l’Europe

Le lien entre l’Union européenne et la Turquie est depuis longtemps déjà délicate. Comment ce réélection va-t-elle influer sur cette relation ? "Jusqu’à maintenant, c’était déjà très difficile. Avec le système qu’on a maintenant, si la réforme constitutionnelle est mise en œuvre, on est susceptible de créer un Super-Sultan. Les relations avec l’Union européenne risquent donc de rester tendues, mais depuis un certain temps, on voit des avancées dans des dossiers très pragmatiques. Par exemple, on l’a vu sur des thèmes comme la crise des réfugiés, ou l’énergie. Mais en ce qui concerne les valeurs, les relations ne vont probablement pas avancer".

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