Pourquoi et comment Julian Assange a-t-il pu être arrêté?

Le lanceur d’alerte Julian Assange a été arrêté ce jeudi à l’ambassade d’Equateur à Londres, où il était réfugié depuis sept ans. La police britannique a fait savoir qu'elle avait été " invitée " à pénétrer dans l'ambassade. Une situation rendue possible car l'Equateur a mis fin au statut d'asile dont il bénéficiait. Mais pourquoi l’Equateur a-t-il opéré ce changement, et quelles conséquences cela va-t-il avoir ? Dans Soir Première, l’ancien journaliste Marc Molitor a décrypté la situation.

Marc Molitor a suivi de très près l’affaire Assange, depuis son début. Il a même rencontré Julian Assange au début de son "séjour" dans l’ambassade d’Equateur à Londres. Alors il explique tout d’abord la manœuvre des britanniques :

"Ce qui est reproché à Julian Assange au Royaume-Uni, ce n’est pas grand-chose, finalement. C’est la rupture de ses conditions d’assignation à résidence en 2012. Il n’avait pas respecté les modalités de son bracelet électronique, pour en fait empêcher d’être extradé vers la Suède où on le poursuivait pour une affaire d’agression sexuelle présumée. Mais c’est une affaire dans laquelle il n’était même pas inculpé. Il devait être entendu alors qu’il avait déjà été entendu deux fois".

Selon lui, cette première accusation était le prétexte officiel pour la police britannique. Mais il ajoute que la police britannique a vite dévoilé la véritable raison de son arrestation : c’est la demande d’extradition des Etats-Unis vis-à-vis de Julian Assange : " Selon WikiLeaks, cette demande était dans l’air du temps depuis longtemps, mais personne ne les croyait sauf ceux-qui suivaient un peu le dossier de près. Ceux-là savaient que c’était vraiment le fond du dossier. Et il semble d’ailleurs que l’opération ait été préparée depuis un certain avec l’Equateur, le Royaume-Uni, et les Etats-Unis ".

Le rôle de l’Equateur

Pour comprendre son arrestation, il faut donc s’intéresser à l’Equateur, et à son président Lenin Moreno : "Ce qu’il s’est passé, c’est qu’il y a eu des pressions de la part des Etats-Unis sur le nouveau président équatorien, Lenin Moreno. Rafael Correa, l’ancien président, a été remplacé par Moreno. Et là, les Etats-Unis ont fait pression sur l’Equateur pour qu’il modifie sa politique d’asile vis-à-vis de Julian Assange. Un article du New York Times parle par exemple d’un deal proposé par les Etats-Unis, qui auraient proposé un allègement de la dette équatorienne envers eux, et ce en échange d’une remise de Julian Assange. Donc manifestement, il y avait quelque chose qui se préparait".

Pour Marc Molitor, l’élément déclencheur a été la publication de papiers extrêmement compromettants sur le président équatorien, qui ont été utilisées comme prétexte pour incriminer WikiLeaks, et donc Assange : "Ces infos ont été publiées par un magazine équatorien, la Fuente, en collaboration avec un site d’investigation Ina Papers. Le Président a alors accusé à tort WikiLeaks d’être derrière cette publication, pour pouvoir en quelque sorte justifier son changement de politique vis-à-vis de Julian Assange. On a donc trouvé un prétexte pour enlever la nationalité à Julian Assange, et dès lors c’était plus facile de lui retirer son statut d’asile. C’est donc ça qui a permis l’intervention de la police britannique".

Changement d’inculpation pour être extradé vers les Etats-Unis

Une fois sous les verrous de la police britannique, les Etats-Unis devaient enfin s’assurer qu’il puisse être extradé chez eux. Or l’Equateur l’a affirmé : le pays a reçu l’engagement écrit du Royaume-Uni que Julian Assange ne serait pas extradé vers un pays qui pratique la torture ou la peine de mort. Comme l’explique Marc Molitor, on a alors assisté à une modification du chef d’inculpation de Julian Assange aux Etats-Unis. Et selon lui, elle n’est vraiment pas anodine : "On a modifié le chef d’inculpation en disant qu’il avait collaboré à un piratage informatique plutôt qu’à de l’espionnage". Il explique que c’est faux, puisque la politique de WikiLeaks est de ne jamais hacker, justement pour se protéger des poursuites internationales. Mais cela a rendu plus facile l’extradition, car l’accuser d’espionnage aurait pu faire craindre de la torture ou la peine de mort. A l’heure actuelle, en étant inculpé pour "piratage", le journaliste pense qu’il n’est (pas encore) en danger : "Torture, peine de mort, ce n’est pas vraiment ça qu’il risque à mon avis. Maintenant, cet engagement des Etats-Unis vaut ce qu’elle vaut… Dieu sait ce qui se passera s’il est effectivement extradé aux Etats-Unis". Le plus probable, estime-t-il,  c’est qu’une fois extradé aux Etats-Unis , de nouvelles incriminations plus lourdes apparaissent, qui permettront alors de le maintenir bien plus longtemps en prison. Donc je pense que l’enjeu principal maintenant, c’est d’empêcher son extradition. Cela pourrait constituer un précédent très grave pour tous les lanceurs d’alerte dans le futur".

Selon le journaliste, seule une mobilisation politique très forte pourrait empêcher cette extradition.

 

 

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