Plateau du Golan : la déclaration de Trump peut-elle changer la donne ?

Le président américain Donald Trump s'est dit favorable à la reconnaissance de la souveraineté d'Israël sur le plateau du Golan. Une déclaration loin d’être anodine, puisque cette zone de territoire syrien a été conquis par Israël en 1967, et qu’elle l’occupe depuis lors en violation du droit international. Alors que peut-il se passer maintenant ? François Dubuisson, professeur en droit et chercheur au Centre de droit international à l'ULB, analyse la situation dans Soir Première.

Arnaud Ruyssen : Ce territoire… pourquoi est-il stratégique ?

François Dubuisson : Il s’agit des hauteurs du Golan. Il a une importance stratégique militaire pour Israël, puisque c’est un territoire qui surplombe à la fois le territoire israélien et le territoire syrien. Il y a d’ailleurs des stations militaires installées au sommet du plateau, et Israël invoque des impératifs de sécurité pour garder le contrôle de ce territoire.

A.R : Mais il l’occupe en violation du droit international ? 

F.D : Oui, puisque dès 1967, après la guerre des six jours et la prise de contrôle de la zone par Israël, le Conseil de Sécurité de l’ONU a adopté la résolution 242 Elle indiquait qu’Israël devait se retirer de l’ensemble des territoires occupés, ce qui comprenait le Sinaï égyptien, les territoires palestiniens, et cette portion de territoire syrien qu’est le Golan. Et puis, en 1981, Israël a annexé formellement le Golan pour l’intégrer pleinement à son territoire. Et là, le Conseil de Sécurité a réagi en adoptant immédiatement la résolution 497, qui indique que cette décision est nulle est non avenue, qu’elle ne peut avoir aucun effet juridique sur le plan international, et qu’elle est une violation de ce droit international.

A.R : Jusqu’à maintenant, Israël était donc isolée face à la communauté internationale sur ce point ?

F.D : Oui, car la décision du Conseil de Sécurité indiquait clairement aux états que la situation d’annexion était illégale. Donc personne ne pouvait reconnaître la souveraineté d’Israël sur le plateau du Golan. C’était respecté par tout le monde, en ce compris les Etats-Unis…jusqu’à maintenant. On voit qu’ils font une fois de plus cavalier seul en faisant cette déclaration.

A.R : Cette déclaration peut-elle changer la donne sur le terrain ?

F.D : Sur le plan concret, cela ne va probablement rien changer. Israël a un contrôle militaire très fort à cet endroit, donc on ne voit pas ce qui aurait pu changer la donne sur le terrain. La guerre en Syrie a déstabilisé la région, ce qui est également à leur avantage. Mais c’est surtout en termes politiques que cela peut jouer. Donald Trump prend pleinement parti pour le gouvernement israélien, et montre qu’il ne fait que très peu de cas du droit international.

A.R : Cela peut avoir un impact sur la position des Etats-Unis dans la région ?

F.D : En tout cas, cela va à nouveau affaiblir la position des Etats-Unis sur le plan régional, et sur le plan de sa politique au Moyen-Orient. On sait que normalement, ils doivent toujours proposer un plan de paix pour résoudre le conflit israélo-palestinien. Or Donald Trump a déjà reconnu Jérusalem comme capitale d’Israël, et maintenant il reconnait la souveraineté israélienne sur le plateau du Golan… Mais on voit mal comment il pourrait encore rester un acteur crédible de ce point de vue-là. Pour comprendre sa décision, il faut probablement aller chercher des raisons du côté des questions de politiques internes, à la fois américaines et israélienne. En Israël, on sait que les élections arrivent dans quelques semaines. Donc c’est probablement un certain appui que Donald Trump veut donner à Benjamin Netanyahou.

A.R : On peut dire qu’il se prive d’une position de pacificateur dans le conflit ?

F.D : Oui, même si on sait que les Etats-Unis n’ont jamais été un acteur neutre, et qu’il y a une alliance presque indéfectible avec Israël, et ce que ce soit les démocrates ou républicains au pouvoir. Mais là, on a franchi un élément supplémentaire, puisqu’on a un alignement complet avec les positions les plus nationalistes israéliennes.

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