Peste porcine africaine: la faute aux chasseurs ?

C'est une hypothèse qui circule depuis quelques jours. Inter-environnement Wallonie estime que la responsabilité des chasseurs dans l’origine et le risque de diffusion de l’épidémie de peste porcine africaine est importante. Est-ce fondé ? Pour en débattre, Soir Première a invité Lionel Delvaux d’Inter-Environnement Wallonie, ainsi que Gregory Cludts, avocat et représentant au Royal Saint Hubert Club de Belgique.

La première question est de savoir : comment le virus est-t-il arrivé chez nous ? Sur ce point, les avis divergent déjà, puisque pour Lionel Delvaux, l’hypothèse liée à la chasse n’est pas à exclure : "Par rapport à l’apparition, il y a plusieurs hypothèses, et il faut pouvoir toutes les explorer. On entend parler de celle du sandwich déposé par un camionneur le long d’une aire d’autoroute, mais il y en a d’autres. Nous n’excluons pas une origine qui soit liée à la gestion par la chasse. Il y a pas mal de territoire qui nourrissent, et parfois, en infraction avec la loi, les chasseurs vont chercher des déchets alimentaires, dans les restaurants et autres, pour payer moins cher. C’est une cause potentielle. Un autre pourrait être liée aux lâchers de gibier, puisqu’on sait que cela se fait sur les cervidés. On n’a pas de preuves, mais en même temps c’est chercher une aiguille dans une botte de foin".

Ces pistes sont immédiatement balayées par Gregory Cludts : "Commencer à dire qu’il y a eu des lâchers de grands gibiers, c’est un peu le monstre du Loch Ness dans la chasse. Il n’y a plus de cas avéré de lâcher de sanglier depuis quinze ans en Belgique. Il n’y a eu aucune verbalisation quelconque. Il n’y a jamais de preuves, jamais de photos ou de vidéos qui le prouvent. Il suffit de demander au Parquet". L’avocat avance une autre théorie : celle liée aux transports : "Les experts de l’Union européenne ont toujours pointé le problème lié au transport, non pas de gibier, mais du transport de marchandises de tout type par route. Si la peste porcine africaine est venue d’Europe de l’est, ce n’est pas à cause de lâchers de sangliers venus d’Afrique, il n’y a pas de sangliers en Afrique". (NDLR: Pour rappel, la peste porcine africaine porte son nom car elle est endémique à la région subsaharienne, mais est présente en dehors du continent africain depuis de nombreuses décennies (notamment en Sardaigne), et en Europe de l'Est depuis 2007, comme l'explique l'EFSA sur son site)

L'importation de sangliers est une des hypothèses retenues pour expliquer l'apparition de la maladie sur notre territoire. La RTBF a pu obtenir le témoignage anonyme d'un chasseur, qui explique des centaines de sangliers sont commandés par des chasseurs fortunés pour faire gonfler leur tableau de chasse. "C’est un secret de polichinelle. Tout le monde sait que dans quelques grandes chasses dans les Ardennes belges et le Condroz, on importe des sangliers qu’on lâche le jour même ou la veille pour faire des tableaux, c’est-à-dire un résultat de chasse" explique-t-il.

Et concernant la propagation du virus ?

La deuxième question concerne la limitation de l’épidémie chez nous, en Belgique. La chasse augmente-t-elle le risque d’une diffusion plus importante dans nos forêts ? Pour Lionel Delvaux, c’est probable : "On sait que pour les maladies infectieuses, il y a des règles de base pour les limiter. Il faut éviter à la fois des "surdensités", et la promiscuité entre les animaux. Or, nous sommes dans une situation où on voit qu’il y a une surdensité, notamment de sangliers, dans les forêts wallonnes. A cela s’ajoute du nourrissage artificiel par les chasseurs, ce qui génère beaucoup de promiscuité".

A nouveau, le représentant au Royal Saint Hubert Club a un avis bien distinct de Lionel Delvaux. Pour lui, la surpopulation forestière n’est pas due aux chasseurs : "Comme c’est expliqué dans le livre La vie secrète des arbres, il faut prendre en compte les fortes fructifications forestières : lorsqu’elles arrivent, la population de sangliers et multipliée par trois. Et c’est justement face à ce problème-là que l’administration wallonne a dernièrement décidé de prolonger la chasse aux sangliers". Selon l'IEW, de nombreuses études scientifiques montrent l'effet néfaste du nourrissage artificiel sur les densités de population de sangliers, bien trop importantes que ce que l'écosystème forestier peut supporter. En 2012, le ministre cdH de la Nature et la Forêt de l'époque, Carlo Di Antonio, avait pris des mesures pour réduire ces densités, et notamment l'arrêt du nourrissage artificiel hivernal du grand gibier. Une mesure annulée par son successeur et actuel ministre compétent, René Collin (cdH).

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