Où en est la gestion de la Grande Mosquée ?

Le 16 janvier 2018, l'Arabie saoudite acceptait de confier la gestion de la Grande Mosquée à la Belgique lors d’une rencontre entre le ministre saoudien des affaires étrangères et son homologue belge, Didier Reynders. C'était l'une des recommandations de la commission d'enquête parlementaire sur les attentats du 22 mars 2016 : faire sortir la Grande Mosquée du giron de de l'Arabie saoudite en raison de son idéologie wahhabo-salafiste. Un an plus tard, où en est-on ? Soir Première s’est posé la question.

Selon plusieurs sources informées, les choses avancent bien. Tout d’abord, un transfert des clés du Centre islamique et culturel (adjoint à la Grande Mosquée) vers un nouvel organe de gestion devrait avoir lieu début mars 2019.  D'ici-là, toutes les personnes qui travaillent pour ce centre et qui sont directement lié à l'Arabie Saoudite vont voir leurs contrats se terminer.

Le nouvel organe de gestion sera principalement constitué autour de l'exécutif des musulmans de Belgique, qui est l'organe "chef de culte reconnu" en Belgique pour le culte musulman. Un Organe souvent miné par des divisions et tensions internes entre courants, entre tendances liées aux différents pays d'origine.

L’enjeu : casser la promotion d’un islam radical

Tel qu’il a été établi suite à la commission d’enquête sur les attentats de Bruxelles, l’enjeu est de casser la promotion d'un islam radical wahhabite en Belgique. Mais suffira-t-il de changer les personnes qui travaillent dans le Centre islamique et culturel pour atteindre cet objectif ? Les avis des experts consultés sont nuancés. On admet que cela va casser le lien direct et la mainmise de Ryad sur la Grande Mosquée, sur le Centre… Et à travers cela, sur tout un réseau de lieux de cultes à Bruxelles et en Belgique. Néanmoins, certains estiment qu’il ne suffit pas de couper le lien pour que ces discours et cette vision de l'islam, qui a désormais percolé dans une partie de la communauté, s'évapore.

Quoi qu’il en soit, plusieurs sources affirment que la nouvelle structure aura sans doute à cœur de démontrer qu'il y a un vrai changement.

Une influence saoudienne tenace

Il faut par ailleurs souligner un élément : bien que le canal direct de financement par l'Arabie Saoudite sera coupé, le lien avec des capitales étrangères ne sera pas complètement réduit à néant. En effet, on sait que cette influence saoudienne continuera à s'exercer par d'autres canaux. On sait aussi que dans l'exécutif lui-même vivent des influences de la Turquie, du Maroc, et de l'Arabie Saoudite.

La nouvelle gestion de la Grande Mosquée ne sera donc pas la solution miracle qui, du jour au lendemain, viendra tout changer. Enfin, il reste une autre interrogation, qui concerne toutes les personnes actives aujourd’hui dans le Centre islamique et culturel de Belgique. Certes, elles vont voir leur contrat s'arrêter dans les semaines qui viennent. Mais quelle sera leur attitude ? Resteront-elles dans et autour de la grande Mosquée pour promouvoir un islam salafiste wahhabite ?   Là non plus, elles ne vont sans doute pas s'évaporer du jour au lendemain. On sent donc bien que ce transfert de contrôle, dont la symbolique est évidemment forte, est surtout une étape, et le processus vers un islam de Belgique sera long.

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