Les universitaires doivent-ils s'impliquer dans le débat politique ?

Cette semaine, onze recteurs d’universités et des centaines d’universitaires ont envoyé une lettre commune au 1er Ministre, lui demandant la régularisation de la famille de la petite Mawda. Une initiative qui a fait bondir le N-VA Théo Francken. C’est l’occasion de se poser la question de la place des académiques dans le débat public. Soir Première l’a fait avec Yvon Englert, recteur de l’ULB, et Richard Miller, député MR.

C’est dans le contexte de la mort tragique de la petite Mawda que la question est remise à l’avant plan. "Le fait que les onze recteurs de Belgique agissent ainsi, je pense que ce n’est pas arrivé souvent, explique Yvon Englert. C’est à la fois une prise de position académique, mais c’est aussi quelque part une prise de position morale. Il y a une certaine distance que notre position de recteur nous donne, et il nous semblait justifié d’attirer l’attention sur un point qui nous parait extrêmement inquiétant par rapport à des valeurs fondamentale de respect des personnes".

Alors que certains, comme Théo Francken, ont clairement montré leur agacement suite à cette prise de position, qu’en pense Richard Miller ?

"Je considère que les intellectuels, les universitaires, les membres du corps académiques ont un rôle et une fonction sociétale à assumer, répond-il. Lorsqu’ils s’expriment, j’ai plutôt tendance à le prendre comme quelque chose de légitime et éthique.".

Il va même plus loin, et avance qu’il est persuadé que les recteurs recevront une réponse du 1er Charles Michel concernant leur inquiétude face au climat actuel à l’égard des migrants, et ce dès que les conclusions de l’enquête sur la mort de Mawda seront connues.

De manière plus générale, quelle place pour les académiciens dans le débat public ?

Pour Yvon Englert, il est faux de dire que les académiciens n’ont aucune place dans le débat public à l’heure actuelle : "Dans les missions de l’université, il y a le service à la communauté. Et un grand nombre d’activités sont tournées vers la contribution à l’espace public, à l’espace civil, à la question de la tolérance, aux religions, etc. Beaucoup de nos académiques participent à des débats liés à cela. Mais cela pourrait être plus présent, c’est certainement vrai".

Il n’est pas contre une participation des intellectuels à des débats sur des enjeux sociétaux, mais cela doit se faire selon lui avec retenue : "Venir, en tant qu’intellectuel, s’exprimer sur des sujets de société nécessite une certaine prudence. Mais il est vrai qu’au fond, les universitaires sont payés pour réfléchir et pour observer le monde, donc ils doivent restituer ce qu’ils reçoivent de la collectivité, et ce notamment en participant au débat".

Sur ce point, le député Richard Miller rejoint le recteur : "Je suis de ceux qui demandent la plus grande participation possible de la part de professeurs, d’enseignants, d’universitaires, d’intellectuels, etc. Et ce même si elle ne fait pas toujours plaisir. Par exemple, il y a derrière les propos de Mr Englert une remise en question du gouvernement que je soutiens. Mais je suis un démocrate, un libéral, et je battrai pour qu’il puisse toujours les tenir. C’est ça le débat démocratique. Tout ce qui peut être fait au niveau des gens qui détiennent un savoir, je pense qu’on a intérêt à partager ce qui peut être dit".

S’il doit néanmoins émettre une réserve, il ajouterait ceci : "Je pense que le rôle de l’intellectuelle n’est pas toujours forcément d’être dans l’attaque. S’il y a quelque chose qui fonctionne bien, s’il y a une politique à soutenir, je pense qu’il doit le dire aussi".

Pour réécouter l’intégralité du débat :

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