La sécurité sociale est-elle sur de bons rails ? "Absolument pas !"

La sécurité sociale est-elle sur de bons rails ? "Absolument pas !"
La sécurité sociale est-elle sur de bons rails ? "Absolument pas !" - © Tous droits réservés

Ce mercredi, des milliers de personnes ont manifesté dans les rues de Bruxelles pour protester contre la réforme des pensions. Mais le secrétaire général de la FGTB, Robert Vertenueil, a été plus loin: pour lui, c’est le problème est plus large. C’est du financement global de la sécurité sociale dont il faut débattre aujourd’hui. Alors pour le faire, Soir Première a reçu Jean Hindriks, professeur d’économie à l’UCL, et David Pestieau, vice-président du PTB.

Financement des pensions, assurance chômage, assurance maladies, congés payés… Tout cela est payé par le budget de la sécurité sociale. Celui-ci est notamment financé par les cotisations sociales, mais aussi par d’autres recettes fiscales. Mais l’avenir de ce financement est-il garanti ?

"Non, absolument pas !" répond d’emblée Jean Hindriks, qui a fait partie des membres qui ont planché sur la réforme des pensions. "Cela fait longtemps qu’on pouvait anticiper qu’elle ne serait pas garantie, explique-t-il. Le problème est lié au déséquilibre progressif entre le nombre de personnes à l’emploi et le nombre de personnes à la pension. Cet écart se creuse, mais c’était totalement anticipable. C’est lié à la vague du papy boom, des nouvelles naissances qui ont eu lieu après la seconde guerre mondiale. Cette génération sort aujourd’hui progressivement du marché du travail. Il y a donc un surnombre de personnes à la pension. Tout cela se traduit par le fait que les dépenses des pensions augmentent plus vite que les recettes des cotisations".

Pour lui, l’anticipation n’a pas été assez grande : "On aurait dû voir le voir venir. On avait prévu un fond du vieillissement. Mais il n’a pas suffi, puisqu’il est déjà épuisé. Les recettes n’ont pas été faites pour un risque qui était pourtant entièrement prévisible. Et maintenant, chaque année, on doit aller chercher deux milliards supplémentaires pour payer les pensions".

La baisse des cotisations : une erreur pour le PTB

Du côté du PTB, on partage l’idée qu’on va droit dans le mur. Mais sur la question du financement, David Pestieau veut amener le débat des cotisations sociales : "Ce débat est évacué, or il est très important. Depuis plusieurs années, les cotisations sociales sont en baisse. Cela veut dire que le capital donne moins pour le travailler, et donc pour financer la sécurité sociale. Je pense qu’on doit vraiment s’interroger là-dessus. On doit pouvoir garantir des pensions et répondre aux besoins de la population".

Cet argument sur la baisse des cotisations sociales est nuancé par Jean Hindriks : "Depuis 2003, elles ont augmenté de 40%, et ça ce sont les chiffres officiels. Maintenant, je comprends sa remarque, parce qu’on a pris un certain nombre de mesures d’exonération de cotisations, à concurrence de 4% du PIB. Le but était de promouvoir l’emploi, notamment chez les jeunes. C’est une politique de l’emploi. Et puis, il faut aussi rappeler que les dépenses des pensions ont-elles augmentés de 80%. Donc je ne pense pas que ces 4% auraient suffi à faire suivre les cotisations au même rythme que les dépenses des pensions".

 

Pour le vice-président du PTB, cette optique montre bien le propre de la politique appliquée aujourd’hui depuis une trentaine d’année : "On diminue les cotisations en espérant que ça va créer de l’emploi, mais aujourd’hui on ne sait toujours pas nous dire si cela en a créé réellement ou pas".

Pour réécouter l’intégralité du débat :

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