La Belgique rejette deux directives européennes pour le climat: la ministre Marghem s'explique

De nombreux citoyens ont réagi quand ils ont appris que deux jours après la manifestation pour le climat, la Belgique avait voté contre deux propositions européennes découlant de l’Accord de Paris. La ministre fédérale de l’Energie, Marie-Christine Marghem, est directement pointée du doigt. Elle s’est directement défendue, et est venue s’expliquer dans Soir Première. Face à elle, il y avait Juliette Boulet, porte-parole de Greenpeace Belgique et de la Coalition Climat.

Le gouvernement a-t-il une réelle ambition en matière de transition énergétique? Suite à l’attitude de la Belgique concernant ces deux propositions de directives européennes, on est en droit de se poser la question. N’est-ce pas contradictoire avec le message envoyé par le Premier ministre après la marche pour le climat ?

"Si, répond Marie-Christine Marghem, mais il faut rappeler le cadre de la régionalisation du pays ". Elle explique que derrière le vote de refus de la Belgique, il faut aller voir du côté des régions, qui ont, elle le rappelle, presque 100% des compétences en matière d’efficacité énergétique. Elle détaille donc la source de blocage pour chaque directive proposée : "Pour celle concernant l’efficacité énergétique, c’était les trois régions qui ne pouvaient pas rencontrer la demande de rehaussement des ambitions de la Commission européenne, et cela a forcé le fédéral, qui représente la Belgique, à le dire. Et pour le renouvelable, c’est la Flandre qui a été en retrait".

C’était "contre le gré du fédéral"

Selon ministre, le fédéral n’a donc que "porté un message", sans le partager : "Je suis toujours dans une position extrêmement difficile. Et je dis toujours aux régions qu’au lieu d’avoir un dénominateur commun à la baisse, elles doivent trouver un dénominateur commun à la hausse avec le fédéral. Même si c’est difficile, elles ne peuvent pas ne pas vouloir le faire. La position qu'elles me demande de défendre me met dans une situation intenable. C’est contre le gré du fédéral. C’est le découpage institutionnel de ces matières qui occasionne cela".

Et elle rappelle par exemple qu’en matière de renouvelable, le fédéral n’a comme compétence que le parc éolien en mer du Nord. "Pour lequel on a accompli notre part du travail", ajoute-t-elle.

"De la lâcheté politique" ?

Pour Juliette Boulet, la réaction de la ministre est décevante : "Se retrancher derrière les régions, c’est selon moi un aveu de faiblesse terrible, et aussi, excusez-moi du terme, un peu de lâcheté politique. Il me semble qu’avec un peu de volonté, à quatre, on peut trouver un accord. A Paris, en 2015, c’étaient 195 états qui ont trouvé un accord mondial. Et ici, on est incapable de trouver un accord à quatre !".

La porte-parole de la coalition Climat demande beaucoup plus d’engagement de la part de la ministre : "Vous dites être une citoyenne engagée, mais ce que nous vous demandons, nous, c’est d’être une ministre engagée. C’est important que vous soyez engagée en tant que ministre, car les milliers de citoyens qui ont manifesté dimanche n’ont pas les mêmes outils que vous pour changer les choses. Ils sont aussi inquiets que vous, si pas plus, par rapport aux constats du GIEC qui nous dit qu’il nous reste 10 ans. Et je voudrais ajouter ce qu'Antonio Guterres a dit au discours d’ouverture de la COP 24 : la classe politique actuelle sera jugée aux actions qu’elle pose aujourd’hui".

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK