L'imprévisibilité: un trait marquant de la politique américaine?

Le président américain est hostile à la diplomatie dans un cadre multilatéral.
Le président américain est hostile à la diplomatie dans un cadre multilatéral. - © Tous droits réservés

Ce mardi, c’est avec l’impulsivité qui le caractérise que Donald Trump a limogé Rex Tillerson, chef de la diplomatie américaine, pour installer à sa place Mike Pompeo, patron de la CIA. Est-ce véritablement un tournant dans la politique étrangère empruntée par le président américain ? Décryptage avec Bruno Hellendorf, chercheur à l’Institut Egmont, et Nicole Bacharan, historienne spécialiste des Etats-Unis.

Bruno Hellendorf revient premièrement sur le bilan de Rex Tillerson à la tête du département d’Etat. Et pour lui, c’était une catastrophe pour la diplomatie américaine : Il y a eu une fuite de talent sans précédent. Beaucoup d’ambassadeurs sont partis, et ceux qui étaient compétents sur une série de dossiers ne sont plus écoutés. Rex Tillerson a fait beaucoup de dégâts en voulant restructurer le département d’état ".

Le résultat, il est sans appel: l’appareil diplomatique est aujourd’hui terriblement affaibli: " Rendez-vous compte : sur les dix postes les plus importants du département d’état, il n’y en a aujourd’hui que deux qui sont remplis ! Il n’y a toujours pas de Secrétaire d’état adjoint à l’Asie et au Pacifique, aux affaires de non-prolifération nucléaires, etc… Donc le pilotage se retrouve par défaut dans les mains de Trump et d’autres influenceurs plus proches de lui ".

Les autres " influenceurs ", conseillers, il y en a plusieurs, dont Mike Pompeo. Il passe donc aujourd’hui de la CIA au département d’Etat. Et pour Nicole Bacharan, il n’est pas étonnant que Trump l’ait choisi :

"Mike Pompeo est un dur. C’est un ancien militaire de la marine, ce qui est important pour Donald Trump. Depuis qu’il est à la CIA, c’est lui qui voit le président tous les jours, pour un briefing présidentiel. Visiblement, entre les deux, le courant passe très bien. Il semble que c’est eux deux qui veulent remplir ce slogan 'America First '. Mais selon moi c’est encore une coquille vide, on sent que c’est du protectionnisme et une forme de nationalisme…Mais vers où cela va vraiment mener, on ne le sait pas encore".

Un changement dans les règles de la diplomatie multilatérale?

Ce qui est sûr, c’est que le président américain est hostile, depuis le début de son mandat, à la diplomatie dans un cadre multilatéral. Il a maintes fois montré sa propension à préférer des deals établis entre lui et un autre interlocuteur. Ce qui pourrait à terme remettre en cause la crédibilité de cette diplomatie multilatérale selon Nicole Bacharan : "Au moment où il y a peut-être négociation avec la Corée du Nord, une rencontre préparée par une équipe américaine affaiblie et squelettique, on peut être inquiet de ce goût de Trump pour faire des deals en dehors des cadres diplomatiques habituels, de façon impulsive et ego-maniaque. Et je trouve ça très inquiétant".

La seule certitude : l’imprévisibilité

Il est finalement très difficile de discerner la vision de la politique étrangère américaine. Et pour cause, Donald Trump a déjà fait preuve de revirements imprévisibles, et le dernier en date n’est autre que la relation avec la Corée du Nord, comme le rappelle Bruno Hellendorf: "Rex Tillerson avait parlé à un moment d’un canal diplomatique entre les Etats-Unis et Donald Trump. A ce moment-là, Donald Trump l’avait repris sur Twitter en disant que cela n’arriverait jamais. Et puis aujourd’hui, ironie de l’histoire… c’est lui qui le veut. Donc on se rend compte que l’imprévisibilité est un trait marquant de l’administration américaine ".

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK