Jean-Eric Branaa: "Donald Trump a été très loin dans la rhétorique, ce qui me fait dire que les frappes auront lieu"

"Que la Russie se tienne prête. Les missiles arrivent". Voici le premier message d’une série de quatre tweets qui ont rythmé la journée de ce mercredi 11 avril. Au fil de ceux-ci, le Président américain semble passer par tous les sentiments, de la menace à la proposition de travailler ensemble. Décryptage avec Jean-Eric Branaa, spécialiste des Etats-Unis et chercheur à l’Institut Iris (Institut des relations internationales et stratégiques).

Après avoir monté le ton très durement, en prévenant de l’arrivée imminente de missiles, le président Donald Trump a retendu la main à Vladimir Poutine. Il veut mettre fin à "la course à l’armement ", et va même jusqu’à proposer que les nations travaillent ensemble pour relancer l’économie russe.

Tweets lancés à tout-va, ou vraie stratégie politique ?

Pour Jean-Eric Branaa, c’est clairement la deuxième option qui est privilégiée: "C’est assez nouveau qu’il s’adresse directement aux russes à travers des tweets. Et je crois qu’on a affaire à la première conséquence de la nomination récente de John Bolton comme conseiller à la sécurité nationale. Cet homme-là est un faucon. Il n’a pas peur d’aller faire la guerre, que ce soit contre la Corée du Nord, l’Iran ou la Russie, qui sont ses trois bêtes noires".

Pour lui, il y a donc une influence de cet homme sur les discours et la position prise par Donald Trump envers les Russes. Il explique que jusqu’à maintenant, il avait plutôt été à contre-courant de l’avis des républicains, qui voulaient monter le ton plus tôt, alors que lui faisait tout pour ne pas le faire.

Joue-t-il avec le feu ?

A-t-il été, cette fois, trop loin dans la provocation? Jean-Eric Branaa rappelle que le même cas de figure s’est déjà présenté l’année passée à la même période, après une autre attaque chimique du régime syrien. L’attaque chimique qui reste une ligne rouge en relations internationales: "C’est vrai que c’est un phénomène qui fait très peur pour beaucoup de nations. On l’a vu aussi avec l’affaire Skripal récemment, où c’était une attaque (au gaz) inédite en Europe. Cela a soulevé beaucoup d’émotion. Et déjà à ce moment-là, Donald Trump a monté le ton..."

Le rôle de la Syrie, terrain de confrontation des grandes puissances

"Ce qui se passe, explique le spécialiste, c’est que la Syrie est une véritable poudrière. Douze nations différentes s’y retrouvent, et elle devient un terrain de confrontation, avec des enjeux internationaux intenses. Concernant les Etats-Unis, on est surpris aujourd’hui, car il y a encore trois jours Donald Trump affirmait qu’il voulait se retirer, justement, de cette poudrière. Et aujourd’hui on a ce revirement extraordinaire de sa politique. Certains diront " Comme d’habitude ". Mais pour moi, c’est plus que cela. D’habitude, l’incertitude est menée par Donald Trump lui-même. Mais cette fois-ci, le jeu lui est imposé par les événements. Ce qui me fait dire que les frappes auront lieu. Car il a été très loin dans la rhétorique. Et je ne vois pas trop comment, cette fois-ci, il pourrait se retirer sans perdre la face. Or on sait que c’est un homme qui n’aime pas perdre la face…"

Pour réécouter l'intégralité de cette séquence:

Donald Trump va-t'il passer à l'acte? Direct de Joseph Henrotin dans le JT 13h de ce 12 avril:

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