Bernard Clerfayt sur le nouveau centre pour migrants en transit: "Je crains que l'inefficacité de Mr Francken complique la tâche de Mr Jambon"

L’ouverture d’un nouveau centre administratif national pour la transmigration a été annoncée par le ministre de l’Intérieur Jan Jambon. Situé dans une aile du centre fermé 127 bis, on y enverra "toutes les personnes qui pénètrent illégalement en Belgique dans l'optique de se rendre au Royaume-Uni". Une politique qui vise entre autres à soulager les polices locales. Mais est-ce vraiment le cas ? Soir Première a posé la question à Bernard Clerfayt, bourgmestre de Schaerbeek et donc chef de police de sa commune.

Quelle est votre première réaction ?

B. Clerfayt :  C’est un nouveau plan qui démontre que Mr Jambon comprend bien que ce qu’il a mis en place pour l’instant ne fonctionnait pas bien. Beaucoup de polices locales renâclaient à suivre les instructions. Les policiers devaient arrêter des migrants pour les relâcher quelques heures après, donc ça faisait travailler la police pour rien. Exemple : nous étions amenés, autour de la gare du nord, à contrôler des personnes qui étaient éméchées, ou liées à des bagarres, et qui se révélaient être sans-papiers. 80% de ces personnes sans-papiers contrôlées dans ce cadre étaient relâchées quelques heures plus tard, parce que l’office des étrangers ne savait pas où les mettre.

Donc c’est positif pour vous, cette nouvelle mesure ?

B. Clerfayt: Jan Jambon annonce des mesures pour soulager les polices locales. Elles devraient permettre d’offrir une solution quand on est face à une personne qui est en séjour irrégulier, puisqu’on pourrait les amener dans un centre unique qui est au centre de la Belgique. De plus, ce travail serait en partie réalisé par la police fédérale. Cela semble donc annoncer un début de réponse pour le travail des polices locales, mais je ne pense pas que cela va résoudre le problème de fond.  Si on place ces personnes en séjour illégal dans un centre fermé, il faut savoir que pour une grande partie d’entre elles, Mr Francken n’a pas de solution car elles viennent de pays où on ne peut pas les renvoyer. Donc il n’a pas de solution. C’est ce qu’on avait vu avec les dossiers des soudanais.

Il risque donc d’y avoir vite beaucoup de monde qui reste bloqué dans ce centre ?

B. Clerfayt : C’est le risque. Les enfermer pendant des semaines et des mois, ce n’est pas une solution. Il faut qu’il y ait une solution pour un retour qui se fasse dans des conditions dignes et convenables. Il faudrait d’autres démarches, pour leur faire comprendre qu’ils doivent organiser un retour volontaire, mais en accompagnant plus intelligemment leur retour. Et là, Mr Francken n’a pas encore trouvé de solution au problème. Donc ce que je crains, c’est que l’inefficacité de Mr Francken complique la tâche de Mr Jambon.

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