Février sans supermarchés: quel bilan?

Février sans supermarchés: quel bilan?
Février sans supermarchés: quel bilan? - © STEPHANE DE SAKUTIN - AFP

Boycotter les supermarchés pendant tout le mois de février, c'est une initiative qui a été lancée en Suisse et qui a trouvé écho chez nous. L'objectif affiché était de privilégier les petits producteurs et les commerces locaux, et dénoncer le suremballage. Comment la grande distribution voit-elle ce genre d'initiative ? Faut-il forcément opposer supermarchés et consommation locale ? Dans CQFD, Arnaud Ruyssen reçoit Dominique Michel, administrateur délégué de Comeos (La Fédération belge du commerce et des services), et Alexis Descampe, co-fondateur de la coopérative Färm, qui vise à réunir tous les acteurs d’une alimentation saine, biologique et locale.
 

 

Les supermarchés: la bonne cible?

Contre toute attente, Dominique Michel tire un bilan plutôt positif de ce mois de février sans supermarché : pas de différence en matière de chiffres dans les ventes, et finalement, une meilleure prise de conscience de la part des consommateurs vis-à-vis de la production locale. Ce qui est loin d'être inconciliable avec la grande distribution, selon Dominique Michel. "On n'a pas eu besoin d'initiatives comme celle-là pour s'occuper des questions qui intéressent les gens en matière d'alimentation. On travaillait déjà énormément avec les producteurs locaux." Et pour un combat pertinent sur la consommation, l'administrateur délégué de la Fédération belge du commerce considère que les supermarchés ne sont pas forcément la bonne cible. "J'aurai préféré un mois de février avec plus de local, plus de durable, moins d'emballages, pour avoir des produits en vrac qui trouvent leur place au niveau national. À l'heure actuelle, les supermarchés sont les seuls à s'organiser au niveau national pour travailler avec des producteurs locaux !" Oui, mais... Valoriser les productions locales, ce n'est pas une démarche suffisante pour répondre à l'objectif sociétal que se fixe la coopérative Färm. Alexis Descampe explique. "Je pense qu'aujourd'hui la grande distribution réagit aux enjeux sociétaux, nous on a plutôt tendance à être prescripteurs. Notre rôle à nous est de sensibiliser les consommateurs en faisant preuve de transparence. Une transparence qu'on ne retrouve pas du côté de la grande distribution, de par ses contraintes propres qui sont le gigantisme, la dépendance à la bourse et ce genre de choses. Du côté des supermarchés, c'est plutôt un effet d'opportunisme, il y a des enjeux de profit. L'ADN fondamental de notre activité n'est pas le même."

 

Rompre avec les multinationales

Construire une relation différente avec les intermédiaires de l'alimentation, ça passe notamment par l'équilibre des tailles entre les interlocuteurs, affirme Alexis Descampe. "Ce que je trouverais vraiment super de la part de la grande distribution, ce serait de se désengager petit à petit de grandes multinationales. Aujourd'hui, travailler avec ce genre d'entreprises n'a plus aucun sens. Ça n'apporte aucune valeur sur le territoire, ça n'apporte aucune valeur de travail, etc. Donc, en dehors de travailler avec des producteurs ou de petits industriels wallons, il serait bon que la grande distribution se désengage des relations avec les trop grosses entreprises." Dominique Michel nuance : "Dans nos magasins, un produit sur trois est un produit de marque propre, sous la responsabilité de nos propres enseignes. C'est nous qui en déterminons la qualité, etc. Et puis, au niveau des coopératives, nous avons une force de frappe notable. On peut, en une fois, demander à nos entreprises d'ouvrir leurs portes à un certain type de produits, par exemple. L'impact de nos décisions pour favoriser l'alimentation locale est énorme sur les coopérateurs qui bossent de manière alternative."

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