Faut-il rembourser à tout prix les traitements des maladies rares ?

Faut-il fixer un prix maximal au-delà duquel l'état ne rembourse pas certains traitements pour des maladies rares ou orpheline ?  C’est une question très délicate, qui revient sur la table suite à la médiatisation du procès de Valentina. Pour en débattre, Soir Première a reçu deux invités : Séverine Henrard, professeure de santé publique et de pharmaco-économie à l'UCLouvain, ainsi que Jean-Marc Lasman, directeur du service d'étude de Solidaris, la mutualité socialiste

Qui fixe le prix des médicaments ? Qui décide lesquels sont remboursés par l’état ? C’est à travers l’histoire de Valentina, 5 ans, que ces questions sont aujourd’hui (re)posées. Valentina souffre d’une maladie rare, qui engendre de graves troubles du développement des os. Il existe un traitement qui améliore son état, mais il coûte très cher : 300 000 euros par an. Depuis 2018, la société pharmaceutique Biomarin, qui produit ce médicament, l’a mis gratuitement à disposition de la petite fille, espérant que l'état belge accepte ensuite de rembourser le traitement. Sauf que ce n’est pas l’intention de l’état. Quand elle l’a compris, la firme pharmaceutique a voulu arrêter de fournir le traitement, et un bras de fer a commencé, se retrouvant aujourd’hui devant la justice.

Fixation du prix et des remboursements : qui a la main?

Pourquoi les traitements consacrés aux maladies rares et orphelines sont-ils souvent exorbitants? 

"Dans le cas de ces maladies, il y a un faible nombre de patients qui vont recevoir le traitement, explique Séverine Henrard. Et il faut  que la firme puisse s’y retrouver, par rapport au coût du développement du médicament, des études menées, etc. Mais comme très peu de personnes y ont recours, cela engendre souvent des prix très élevés. Trop élevés ".

A cela s’ajoute un manque de concurrence, car la diversité de médicaments développés pour les maladies rares est bien souvent restreinte. Souvent, le premier médicament qui arrive sur le marché est très innovant, ce qui permet à la firme de demander le prix fort : "Dans ce cas, le prix n’est pas forcément justifié par rapport au coût du développement. C’est simplement qu’ils ont le monopole en étant les seuls à détenir un traitement pour telle maladie".

Sur la question du remboursement Séverine Henrard décrit le processus comme ceci : "Il faut qu’il y ait une autorisation de mise sur le marché, et cela se fait à l’échelle européenne auprès de l’Agence européenne des médicaments dans le cas des traitements pour les maladies orphelines. Ensuite, de manière nationale, la firme pharmaceutique va négocier le prix avec chaque état, et elle va également négocier pour voir si le traitement bénéficiera d’un remboursement. C’est auprès de la Commission de remboursement des médicaments de l’INAMI que ces démarches se font. Et en fonction de certains paramètres, comme l’impact sur la sécurité sociale, c’est in fine la ministre de la Santé qui prend la décision".

La recherche du profit

Jean-Marc Lasman dénonce le fait que le prix des médicaments augmente pour de mauvaises raisons : "Ce qu’on constate, c’est qu’il y a une augmentation exponentielle du prix des nouveaux médicaments. Alors, j’entends bien que l’industrie pharmaceutique explique que c’est nécessaire pour couvrir les coûts croissants de recherche et de développement… Mais quand on regarde les comptes des dix plus grandes firmes pharmaceutiques, on voit que si elles ont dépensé 66 milliards d’euros en recherche et développement, elles en ont aussi 98 milliards en marketing, et ont fait 90 milliards de bénéfice. Donc ce qui génère l’augmentation des prix aujourd’hui, c’est la recherche de profit exagéré".

Une prise en otage

Si l’on reprend le cas de Valentina, Jean-Marc Lasman explique que l’état, trouvant également ce prix de 300 000 euros par an exagéré, refuse de payer pour éviter que cet argent soit dirigé directement vers du marketing ou vers des actionnaires : "Il y a eu une réaction unanime de la part de la Commission de remboursement des médicaments pour dire que ce prix était trop élevé. Et la réaction de la firme, c’est de prendre en otage cette famille et cet enfant. Et ça, c’est un problème éthique. Ils ont octroyé le traitement, et maintenant, comme ils n’obtiennent pas le prix qu’ils ont estimé pouvoir recevoir, ils veulent arrêter le traitement".

 

 

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