Enrico Letta: "L'avenir de l'Europe se joue sur sa gestion de la crise migratoire"

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temporary-20180131070715 - © YOAN VALAT - EPA

Dans Soir Première, Arnaud Ruyssen s’est entretenu avec Enrico Letta, ancien Premier ministre italien et enseignant à Science Po, sur la question migratoire et son lien indissociable avec l'avenir de l’Europe.

La question des migrants sera l’enjeu majeur des prochaines années. Et selon lui, l’Europe manque cruellement de volonté politique pour gérer la situation : "Ce n’est pas seulement la question de la crise en Syrie, même si elle est une grande crise humanitaire. Mais si on regarde dans le futur, l’Afrique par exemple va doubler ses habitants dans les vingt prochaines années. Ces habitants seront très jeunes. Et si l’Afrique n’offre pas de futur pour eux en termes de perspective économiques, ils vont tous venir chez nous".

La priorité est donc de gérer le problème. D'après lui, cela n’a pas été le cas ces dernières années. Et quand certaines choses ont voulu être gérées, cela a été fait de manière très dure, comme l’accord avec la Turquie.

Toutefois, l’ancien chef du gouvernement italien comprend qu’il y ait une crainte de la part des citoyens européens vis-à-vis du flux migratoire. Et pour lui, cette crainte est réelle : "Elle est réelle, car cette crise migratoire est arrivée dans un moment où on était aussi à l’intérieur d’une grande crise sociale, qui était issue de nos crises économiques et financières. Il est clair que c’est difficile d’être accueillant par rapport à des sujets dans lesquels la société éclate. Mais pour éviter les craintes, il faut gérer. Il ne faut pas avoir de dire la vérité".

Notre rage n'a rien à voir avec l'arrivée des migrants

Entre autres solutions, Enrico Letta propose dès lors de réfléchir à une politique de répartition des migrants entre les différents pays de l'union en suspendant le règlement de Dublin, mais en étant particulièrement attentif à l'intégration des migrants qui s'installent chez nous. 

Il suggère aussi de réfléchir à des voix légales de migration économique "avec des quotas par pays d'origine ou par métiers, par exemple". Une façon d'offrir une troisième voie aux migrants qui aujourd'hui reçoivent l'asile ou basculent dans la clandestinité.  

Mais surtout, Enrico Letta exhorte les politiques à éviter la tentation du "bouc émissaire" : "On ne doit pas créer la connexion entre la rage liée au problèmes sociaux qu’on a chez nous et l’arrivée des migrants, qui n’a rien à voir avec ça. La rage est liée surtout aux effets la crise économique, de la digitalisation et la montée du chômage des jeunes. Cette rage est compréhensible mais les migrants n'en sont en rien responsables".

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