Djihadisme: les racines du mal toujours présentes?

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Deux après les attentats du 22 mars 2016, a-t-on tiré les leçons de ces attaques ? Faut-il craindre encore aujourd’hui la menace terroriste ? Malgré les défaites successives du groupe terroristes Etat Islamique, certains experts n’en sont pas si sûr. C’est le cas de Jean-Pierre Filiu, professeur à Sciences-Po Paris et historien spécialiste du Moyen-Orient.

Selon Jean-Pierre Filiu, il est clair que le groupe terroriste Etat islamique et son idéologie ont pris des coups sévères :  "Avec la chute de son pseudo califat, Daech a perdu une capacité d’attraction énorme. Il faut savoir que celle-ci reposait beaucoup sur les victoires, comme celle de Mossoul par exemple. C’est comme cela qu’ont été attirés des milliers de "volontaires" venus du monde entier. Or depuis leur défaite, cette aura d’invincibilité a disparu. Les winners sont devenus des loosers, et ça a beaucoup dégradé l’attraction du discours djihadiste. Et heureusement".

Une idéologie affaiblie, mais pas éradiquée

Depuis ce recul de Daech, faut-il considérer que la menace terroriste a disparu ? Selon Jean-Pierre Filiu, absolument pas. Il rappelle que le système de Daech sur le terrain a été démantelé, mais que l’idéologie persiste : "Daech n’a plus d’assise territoriale, mais son idéologie est toujours présente, notamment de façon assez menaçante en Egypte. Sa propagande est toujours d’actualité".

Le rôle du régime de Bachar Al-Assad

Par ailleurs, il avance que si demain Daech n’existait plus, d’autres groupes terroristes pourraient se développer. Pour lui, le problème n’est pas pris à la racine. Au contraire, il accuse le régime syrien de Bachar Al-Assad de nourrir volontairement les groupes djihadistes. Cela a été clairement le cas, explique-t-il, concernant le groupe terroriste Etat Islamique : "Bachar Al-Assad a volontairement et méthodiquement encouragé Daech par des libérations de djihadistes, et par des accords tacites qui ont duré très longtemps. D’ailleurs celui que j’ai identifié comme l’inspirateur des attentats en Europe, Boubaker El-Hakim, était un franco-tunisien qui avait travaillé pour le régime d’Assad avant de passer du côté de Daech".  

Selon l’historien, cette alimentation du groupe terroriste a en effet rendu plus fort, in fine, le président syrien. Elle lui a donné l’avantage contre les rebelles syriens, et a justifié une partie de l’intervention russe.

Pour Jean-Pierre Filiu, les dictatures arabes n’ont pas la volonté d’éradiquer la menace. Et si elles l’avaient, elles n’en seraient pas capables : "Et cela continuera tant qu’on ne mettra pas le hola…", dit-il.

L’exception tunisienne

La Tunisie a connu, comme l’explique l’historien, un taux très élevé de djihadistes partis rejoindre Daech. " Mais au lieu de s’orienter vers une régression autoritaire voire dictatoriale, elle a trouvé dans les ressources de ses institutions démocratiques le moyen de faire face à cette menace djihadiste. Ce qui s’est fait, c’est un accord patient et compliqué entre les différentes composantes. Il faut accepter que les peuples reprennent leur destin en main ".

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