Visas humanitaires : rencontre avec Naher Arslan, président de la Fédération des Assyriens de Belgique

Les Chrétiens d’orients sont désormais la cible d’enquête sur un trafic organisé de visas humanitaires. Melikan Kucam, ancien conseiller communal à Malines, est soupçonné d’avoir fait office d’intermédiaire, peut-être sous le couvert de l’ancien secrétaire d’état à l’Asile et à la Migration. Pour Naher Arslan, président de la Fédération des Assyriens de Belgique, ce scandale aura au moins permis de remettre en lumière la situation des Chrétiens d’Orient. Il est cependant animé d’une colère froide et lucide. Eddy Caekelberghs l’a rencontré dans  Au bout du jour.

Votre carte blanche, publiée dans La Libre, sonne comme un cri de colère. Pourquoi cette colère ?

"Cette carte-blanche est effectivement le fruit de la colère. Certaines choses ont été dites, alors qu’à mon sens elles ne sont pas correctes. Il y a des représentants des Chrétiens d’orient à la fois en Belgique, mais également en Syrie, en Irak, au Liban. Ces organisations ont des contacts ensemble, elles collaborent aussi avec d’autres partenaires internationaux, et sur le terrain. Nous étions donc sur le terrain, nous aurions pu être consulté, mais ça n’a pas été fait, du moins à ma connaissance. Entendre dire qu’il n’y avait pas de représentants fiables, ce n’est donc pas très bien passé auprès des communautés présentes en Belgique".

Est-ce que cela veut dire qu’aux yeux de certains, dans ces communautés à l’interne mais aussi à l’externe, si l’on n’est pas responsable ecclésiastique, on n’existe pas ? 

"La question se pose effectivement parce que la représentation ecclésiastique et religieuse est importante. Nous sommes assyriens ethniquement, nous appartenons à des Églises orientales, et donc nous avons une représentation ecclésiastique qui est très fortement sollicitée par leurs représentants dans le pays dans lequel on vit. C’est quelque chose que l’on respecte mais que nous tâchons en même temps de recentrer. Nous sommes une organisation laïque, donc nous représentons l’ensemble des Assyriens de Belgique, qu’ils soient croyants ou non.  Nous représentons aussi des valeurs qui sont communes à la Belgique mais aussi à d’autres communautés. Et donc nous aimerions que le religieux occupe la place qui est la sienne, c’est-à-dire celle du religieux. Lorsque l’on consulte un homme religieux, c’est intéressant car les églises ont des réseaux très importants sur le terrain, elles ont des informations très utiles. Mais il y a d’autres aspects qui peuvent être apportés par des organisations de terrain qui travaillent pour la reconstruction d’une société démocratique en Syrie ou en Irak par exemple".

Dans cette affaire des visas dits " humanitaires ", on découvre que la Belgique n’a pas légalement transformé l’essai européen en normant clairement les conditions objectives de l’octroi de ces visas humanitaires. On a laissé l’arbitraire ou la subjectivité au minimum d’un secrétaire d’Etat compétent en la matière et de quelques délégués. D’autres organisations, comme celle de Sant'Egidio, ne vous ont pas consultés.   

"Non, nous n’avons pas été consultés. Nous avons simplement été au courant, en tant que membre de ces mouvements, que le secrétaire d’état à l’Asile et à la Migration était favorable envers les chrétiens d’Orient et qu’il leur octroyait plus facile des visas. La personne de contact était Melikan Kucam qui a été cité dans l’enquête, qui est un assyrien de Malines et ami avec lequel j’ai collaboré pendant très longtemps. Il est venu vers nous en disant que le secrétaire d’Etat était favorable aux chrétiens d’orient. Et lui, étant un proche collaborateur et membre de son parti, nous demandait de fournir des noms de familles démunies, susceptibles d’obtenir un visa humanitaire. C’est du trafic d’humain qui s’est passé.  L’enquête est en cours, mais c’est du trafic parce qu’acheter un visa c’est scandaleux, c’est du trafic d’être humain".

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