Qui a les rênes de la mondialisation ?

Hubert Védrine, ancien ministre français des affaires étrangères, est actuellement le président de la Fondation François Mitterrand. Fin connaisseur des relations internationales, il a rencontré Eddy Caekelberghs dans Au bout du jour, et a tenté de faire état de la situation actuelle mondiale.

Comment peut-on qualifier le monde tel qu’il tourne aujourd’hui ? On parle souvent de globalisation, bien sûr, mais Hubert Védrine utilise le mot "chaos". Pourtant, il ne se veut pas alarmiste : "Je parle de chaos au sens scientifique, physique. Cela ne veut pas dire qu’on est à la veille d’une nouvelle guerre mondiale. Chaos, c’est instable et imprévisible. On n’est pas dans ce qu’ont crû les gentils européens, c’est-à-dire une communauté internationale, et une sorte de monde idéal. Aujourd’hui, c’est une sorte de foire d’empoigne. Il y a beaucoup de différentes puissances et entités. Il y a ceux qui savent ce qu’ils veulent, et d’autres, comme les européens, qui ne savent pas trop. Mais ce terme, chaos, n’est pas totalement alarmiste".

Qui a les rênes de la globalisation : la Maison-Blanche ou les Gafa ?

A cette question, il n’y a selon Hubert Védrine pas de réponse évidente : "Personne en particulier. On est obligé de faire une analyse plus complexe. Dans les trente dernières années, il y a eu des mondialisateurs et des mondialisés. Mondialisateurs étant des penseurs, des financiers, des entreprises, etc. Les mondialisés, c’est ceux qui n’ont rien demandé. En Europe, ils n’avaient pas demandé à être mis en compétition avec des centaines de millions de paysans asiatiques sortis de la pauvreté qui sont devenus des consommateurs. Personne ne conduit totalement le jeu. C’est une sorte de foire d’empoigne. On peut remarquer, par contre, qu’il y a les Gafa de Californie, les Gafa chinois, mais il n’y en a pas en Europe. C’est une question importante…"

L’Europe impuissante face à la crise migratoire ?

C’est l’un des plus grands enjeux de notre ère : la gestion des flux migratoires. Quel rôle joue l’Europe ?  "Déjà, il faut dire que le mot Europe est un mot-valise. Quand on dit Europe, on ne sait pas si on parle de la Commission, du Parlement, de tout le peuple européen… Mais ce qui est certain, pour moi, c’est que face à la question migratoire, il faut distinguer deux groupes. Il y a les demandeurs d’asile, qui sont en danger et qu’on doit sauver, sans mettre de quotas. Là-dessus, l’Europe doit s’y tenir. Mais la notion d’asile a maintenant utilisée pour faire passer des phénomènes de migrations incontrôlées. Or c’est différent, ce ne sont pas les mêmes gens, pas les mêmes situations". Selon lui, il faudrait donc pour ces deux types de situation différentes des organismes de gestion différents.

 

 

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