Majid Golpour, chercheur associé à l'ULB : "C'est l'heure du jugement dernier, pour l'Iran"

Majid Golpour est chercheur associé à l’ULB. Iranien, il connait de l’intérieur tous les mouvements qui traversent le régime iranien actuel. Le régime fête les 40 ans de la république islamique. Majid Golpour explique combien cet Iran est traversé par des forces de changements nécessaires. Il parle même des dernières heures du régime à Téhéran. Il fixe les ambitions et les échéances avec Eddy Caekelberghs dans Au bout du jour.

Il aborde l’Iran dans la tourmente. Mais une tourmente sur le plan international ou sur le plan interne, 40 ans après l’instauration de cette république islamique ? " C’est la conjugaison des deux. Et cette crise est une grande crise. Le défi est de taille. Nous allons voir la décomposition totale des institutions. C’est l’heure du jugement dernier, pour l’Iran ".

Qu’en est-il de cette colère sociale en Iran concernant la prétendue aide financière et militaire apportée au Hezbollah au Liban et en Syrie et au Hamas à Gaza ? Le message relayé : " Gardez cet argent pour soutenir votre population ". Un élément que Majid Golpour confirme. " L’Iran a une économie à trois vitesses. La première, la plus rapide, est celle offerte aux entreprises, aux holdings financières, bancaires et djihadiste du cercle du guide suprême.  La deuxième est l’économie officielle. Une économie qui n’a plus de crédibilité aux yeux de la communauté internationale. Raison pour laquelle plus personne ne veut du pétrole iranien. La troisième, c’est l’économie du peuple. L’enseignement de nos enfants. De tout le budget iranien, la moitié est voué au versant militaire sinon propagandiste. Cela explique un rythme de 16 manifestations par jour… "  

Détérioration permanente de l’économie

Une autre des raisons de la colère iranienne, c’est le prix exorbitant de l’immobilier. Le prix du mètre carré égale à Téhéran celui de Paris, voire de Londres. " Si vous appartenez au premier cercle du guide, vous avez un train de vie que même les princes d’Arabie Saoudite jalousent. En Iran, la réalité de la polarisation et l’injustice sociale qui en découle et le bilan des gouvernements successif qui n’ont pas pu maintenir le niveau de la croissance économique de l’époque du Chah. Ils ont aussi mis en place des politiques qui vont dans le sens de la détérioration permanente de l’économie ".  

Qui pour prendre la relève?

Quelle alternative à la tourmente actuelle ? Le retour de l’héritier du Chah semble improbable, les opposants extérieurs ne semblent pas très organisés. Qui pour prendre la relève alors ? " Il y a des courants au sein du régime qui sont déjà en train d’y travailler. Ils se penchent sur des changements à la fois constitutionnels et même militaires. Il y a aussi au sein de l’opposition iranienne toute une série de coordinations et d’engagements pour connecter ces mouvements de protestation et donner un élan encore plus important à ces revendications sur le plan domestique et international ".

Et pour la suite ? Majid Golpour parle du jugement dernier de l’Iran. Si le pays vit ses derniers moments, comment les choses vont-elles se mettre en route ? " Ce changement se prépare avant tout au niveau constitutionnel. Le guide suprême a donné quatre mois pour voir comment soigner de manière correcte les dégâts sociaux, juridiques et économique en Iran ".  

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