La frontière irlandaise: la plus grosse épine dans le pied du Brexit?

C’est un enjeu majeur, et peut-être même la question la plus épineuse du Brexit :  celle des 500 kilomètres de frontière entre l’Irlande du Nord, qui fait toujours partie du Royaume-Uni, et la République d’Irlande, qui est un état membre à part entière de l’Union Européenne. Comment penser la gestion de cette frontière après un Brexit ? Aucun consensus n’a fait l’unanimité jusqu’à présent. Marie-Claire Considère-Charon, professeure émérite de civilisation britannique et irlandaise, s’est exprimée la question dans Au bout du jour.

Comme l’explique Marie-Claire Considère-Charon, si le Brexit aboutit, la frontière irlandaise serait la seule frontière terrestre entre l’Union européenne le Royaume-Uni. "Or, souligne-t-elle, en toute logique, lorsqu’il y a passage d’un pays de l’Union à un Etat tiers, cela implique des contrôles aux frontières, des tarifs douaniers qui changent, etc. En tout cas, on ne voit pas comment on pourrait conserver une frontière ouverte au passage des personnes et des marchandises".

L’une des solutions envisagées par l’Union, c’est l’idée de garder le Royaume-Uni dans une union douanière avec l’UE : "Mais ça, c’est une ligne rouge pour Theresa May. Elle n’en veut pas, principalement car cela empêcherait les britanniques de sceller des accords en toute liberté avec d’autres états, alors que c’était justement là l’un des fondements du Brexit".

Une autre solution, encore, aurait été de conserver une forme d’Union douanière seulement pour l’île d’Irlande, et de mettre en place une libre circulation seulement entre l’Irlande du Nord et la République d’Irlande. "Mais cela a posé problème pour les députés, d’où leur refus du Deal proposé par Theresa May", commente la professeure.

Quelles conséquences en cas de Brexit dur ?

Pour Marie-Claire Considère-Charon, tant la République d’Irlande que l’Irlande du Nord seraient touchées en cas de Brexit dur : "Les risques économiques sont très grands. Du côté économique, il faut savoir que depuis l’accord du vendredi saint de 1998, il y a une coopération très étroite entre les deux parties. Aux yeux de nombreux irlandais, la frontière était même devenue un non-sens. Les deux économies sont devenues complémentaires et interdépendantes. On presque parler d’un marché unifié, puisqu’un produit peut passer, depuis son origine jusqu’au dernier stade de fabrication, trois ou quatre fois la frontière".

Mais les risques sont également politiques, car l’instauration d’une frontière pourrait raviver des douleurs du passé : "Le rétablissement de contrôles peut raviver l’antagonisme entre les républicains et les loyalistes, et pourrait ramener des troubles semblables à ceux que les habitants ont connus pendant trois décennies. Même si l’IRA a été désarmée, il reste un certain nombre de dissidents de l’IRA, ainsi que tout un courant hostile à ce retour à une frontière".

On comprend donc que les deux parties ont à perdre, et qu’elles s’inquiètent de ne pas voir d’accord aboutir. "Pour résoudre le problème, conclut la professeure, il faudrait une Irlande Unie, mais on est encore loin".

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