Journaliste de guerre : "On a évolué depuis les années 40"

Quel est aujourd’hui le rôle des correspondants de guerre ? Comment exercent-ils ce métier à l’ère de la révolution numérique ? Dans Au bout du jour, Jean-Paul Marthoz était l’invité d’Eddy Caekelberghs. Chroniqueur au Soir, il est l’auteur de nom­breux ouvrages sur le journa­lisme international.

Etre journaliste en zone de guerre implique évidemment des risques. Mais est-ce réellement là que les journalistes sont le plus en danger ? Pas forcément, explique Jean-Paul Marthoz : "C’est bien plus dangereux d’être un journaliste qui couvre des sujets comme la corruption ou les droits humains. Parmi les 1300 journalistes tués depuis 1992, 85% l’ont été non pas sur des terrains de guerre, mais ont été ciblés et abattus par des trafiquants de drogue, par des groupes terroristes, paramilitaires, ou autres".

Un métier donc dangereux mais qui est essentiel, et qui a prouvé maintes fois son rôle de contre-pouvoir. C’est pourquoi Jean-Paul Marthoz trouve dommage que le media bashing fasse de l’ombre à une certaine presse : "Quand on voit le travail remarquable de certains journalistes pour dénoncer des atteintes aux droits de l’homme, la corruption ou la fraude fiscale… Quand on voit tous ces efforts et qu’on est confronté au media bashing et à la haine des journalistes, entretenus par des pouvoirs politiques, c’est hallucinant".

Il pointe bien sûr les réseaux sociaux comme l’une des sources et comme amplificateur de cette haine : "Ce qui est atterrant, c’est de voir qu’une partie de la population qui est éduquée, qui a eu l’accès à l’école et à la formation, se retranche sur les réseaux sociaux, où circule très souvent de la désinformation. C’est choquant".

L’objectivité, un mythe ?

La question de l’objectivité est évidemment récurrente pour les journalistes qui couvrent des conflits. Si leur pays est concerné, comment traiter l’information de la façon la plus impartiale possible ? Faut-il donner la parole aux deux camps ? Sur ces points, il constate une évolution : "Il faut savoir que l’objectivité est toujours un mythe. Mais c’est vrai que l’on a évolué depuis les années 40. A cette époque, il aurait été impensable qu’un journaliste américain se retrouve derrière les lignes allemandes lors de la bataille des Ardennes, par exemple. Depuis la guerre du Vietnam, qui n’engageait pas vraiment l’âme de la nation, qui était une guerre plus confuse et asymétrique, il peut être naturel de chercher à aller dans l’autre camp chercher l’information. J’estime que le journaliste a une loyauté à avoir par rapport l’information, par rapport à son propre pays. On peut le faire en essayant de ne pas se limiter aux informations officielles que l’on reçoit dans son propre camp. Il faut respecter la vérité, même si elle blesse son propre camp".

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