Japon: les personnes handicapées forcées d'être stérilisées brisent le silence

Japon : longtemps après les faits, les personnes handicapées forcées d’être stérilisées brisent le silence
Japon : longtemps après les faits, les personnes handicapées forcées d’être stérilisées brisent le silence - © Tous droits réservés

C’est une page sombre de l’histoire du Japon: les stérilisations forcées qui ont longtemps été imposées aux personnes handicapées. Aujourd’hui, le pays commence doucement à faire son examen de conscience. La parole des victimes se libère peu à peu, au point que depuis plusieurs semaines, le sujet monopolise l’actualité. Eddy Caekelberghs se penche sur ce phénomène avec notre correspondant Bernard Delattre dans Au bout du Jour.

Elles sont de plus en plus nombreuses à témoigner et à trainer l’État en justice pour obtenir des excuses officielles et des dédommagements. Au Japon, les personnes handicapées forcées d’être stérilisées avant 1996 se mobilisent. Mais pourquoi a-t-il fallu aussi longtemps pour qu’elles osent témoigner? Pour Bernard Delattre, les raisons sont multiples: "Dans la classe politique, personne n'avait intérêt à ouvrir le débat sur cette page d'histoire. Car, à l'époque, la Loi de protection eugénique avait été votée à l'unanimité. Donc, pour les dirigeants, toutes tendances confondues, il valait mieux que cela reste de l'histoire ancienne".

Une stérilité cachée à leur propre famille

En ce qui concerne les victimes, leur stérilité a été pour beaucoup un lourd secret à porter. Un secret caché parfois à leur propre famille: "Dans ce pays où l'institution familiale est sacrée, confesser sa stérilité, c'était risquer de se voir demander le divorce. Donc, pour ces gens, c'était très difficile de, tout d'un coup, briser ce secret en témoignant publiquement".

À ces deux arguments "personnels", Bernard Delattre ajoute un facteur culturel. Il explique la difficulté d’un discours à la première personne dans une société où le collectif a toujours primé sur l’individu: "Ce pays à l'obsession du conformisme social, qui est vu comme un gage précieux d'harmonie sociétale, comme un facteur qui favorise le vivre-ensemble. Donc la mise en avant de la moindre singularité est assez mal vue. A fortiori pour les femmes, qui sont priées d'être plutôt dans l'effacement que dans l'affirmation de soi – et en tout cas pas dans la revendication".

Malgré ces difficultés, certains et certaines ont donc fini par se lever et s’exprimer. Un changement qui a probablement été influencé par un événement dramatique survenu en 2016. Un jeune illuminé a tué une vingtaine d’handicapés dans leur sommeil en invoquant les thèses eugénistes hitlériennes. Une tuerie qui a sidéré l’ensemble de la société japonaise, et qui a très certainement aidé à briser le silence.

Pour réécouter l'intégralité de cet entretien: 

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